Publié il y a 1 h - Mise à jour le 12.07.2026 - Coralie Mollaret - 4 min  - vu 121 fois

HOMME DE L’OMBRE Alain Nersessian, le « coco » marseillais derrière Vincent Bouget

Alain Nersessian, 59 ans, né à Marseille, est le nouveau directeur de cabinet de la ville de Nîmes

Alain Nersessian, 59 ans, né à Marseille, est le nouveau directeur de cabinet de la ville de Nîmes

- Coralie Mollaret

Qui sont-ils ? Comment ont-ils rencontré leurs élus et quelle influence exercent-ils auprès d’eux ? Tout l’été, Objectif Gard part à la rencontre de ces collaborateurs qui, dans l’ombre, peuvent parfois jouer un rôle décisif dans la mise en œuvre des politiques publiques. Coup d’envoi, ce dimanche, avec le nouveau directeur de cabinet du maire de Nîmes, Alain Nersessian.

C’est un homme au parcours singulier que Vincent Bouget a choisi pour diriger son cabinet. Né dans les quartiers nord de Marseille, Alain Nersessian est un vrai « coco ». Son père, ouvrier dans une usine de produits chimiques de la Belle-de-Mai, était encarté au Parti communiste français, tout comme sa mère, secrétaire. L’engagement familial puise aussi, et malheureusement, ses racines dans le génocide des Arméniens, pendant la Première Guerre mondiale. « Mes arrière-grands-parents se sont fait massacrer au nom de la préférence nationale… », témoigne-t-il, les yeux brillants d'émotion, « mes grands-parents ont été recueillis par des oncles et des tantes dans le quartier Beaumont, à Marseille. »

Cette histoire, Alain Nersessian la porte en lui. Pas question de l’oublier, ni de la renier. D’ailleurs, il en plaisante volontiers : « Je suis arrivé avec les chars soviétiques ! » Communistes ou non, les Marseillais ont le sens de l’autodérision. Il fait ses premières armes chez les Pionniers de France, un mouvement d’éducation populaire. Il rejoint ensuite la ville de Martigues, où il travaille au service de la démocratie participative et des conseils de quartier, avant de devenir fonctionnaire territorial. Responsable du secrétariat des élus de la majorité sous le mandat de Paul Lombard, il part, en 2008, au cabinet du nouveau maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône (8 500 habitants), Jean-Marc Charrier.

Au-delà des étiquettes politiques

Cet édile communiste met alors un terme à 10 ans de gestion d’un maire divers droite. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de Vincent Bouget, élu en mars dernier après 25 ans de mandat de Jean-Paul Fournier (LR). « J’ai accompagné le nouveau maire, j’ai fait le lien avec l’administration… Il fallait avoir une vision de ce qui fonctionnait, de ce qui ne fonctionnait pas… », se souvient Alain Nersessian. Aussi étonnant que cela puisse paraître, si le Marseillais est plutôt sectaire dans ses convictions, il sait travailler avec des personnes qui ne les partagent pas. « Je sais qui est qui. Et je ne suis pas, par nature, méfiant. En revanche, lorsqu’il y a transgression, trahison, c’est terminé. » Ce trait de caractère, utile en cas d’alternance politique, se vérifiera tout au long de son parcours. En 2009, Alain Nersessian fait son retour à Martigues, « à la demande de Gaby Charroux* », et prendra la direction de son cabinet.

Si le parcours d’Alain Nersessian est singulier, c’est aussi parce qu’il s’est, un temps, éloigné des couloirs des cabinets pour les pelouses des stades de football. En 2020, il prend la présidence du FC Martigues. « Nous avons conclu un accord avec Baptiste Giabiconi, le mannequin de Karl Lagerfeld, qui a plombé le club », raconte-t-il. Le club étant largement subventionné par la ville, Alain Nersessian quitte son poste de directeur de cabinet et rejoint la Métropole Aix-Marseille-Provence : « J’ai travaillé avec des gens qui n’avaient pas les mêmes convictions politiques que moi, notamment sous Jean-Claude Gaudin, puis Martine Vassal », relève-t-il. « J’ai eu de très bonnes relations avec toute l’administration. Encore aujourd’hui, je m’entends très bien avec le directeur des services et le directeur de cabinet, qui est l’ancien maire divers droite de Saint-Chamas. Il y a une estime réciproque. »

Le football, une parenthèse décisive

Pendant cinq ans à la tête du FC Martigues, « les mains dans le cambouis », Alain Nersessian dit avoir vécu « des années exceptionnelles » : « Elles m’ont complètement changé du milieu politique. J’ai découvert quelque chose d’extraordinaire », confie-t-il. Les finances du club assainies, l'équipe monte jusqu’en Ligue 2. Un investisseur américain arrive avec l'ambition de pérenniser les résultats. « Il m’a viré au bout d’un an. Et le club a sombré », résume-t-il. C’est pourtant cette parenthèse footballistique qui lui permet de rencontrer Vincent Bouget. « C’était l’année où le Nîmes Olympique est descendu en National. Il y avait les problèmes avec Rani Assaf (ancien président, NDLR). Se posaient alors les questions du stade des Costières, des Antonins et des travaux exigés par la Fédération… » Les deux hommes échangent, se rapprochent. Vincent Bouget l’invite à assister à « un ou deux matchs » du Nîmes Olympique. Alain Nersessian suit de près la campagne des municipales du candidat communiste.

Le communiste avait évoqué auprès de certains camarades la possibilité de rejoindre Nîmes, en cas de victoire de la gauche, avec l’idée de « se rapprocher de ma vie personnelle ». Au lendemain de l’élection, Vincent Bouget l’invite à déjeuner et lui propose le poste. « Aujourd’hui, il n’y a que des défis. Le chantier qui s’ouvre est enthousiasmant… Même des personnes qui n’ont pas voté pour Vincent Bouget voient l’opportunité de construire quelque chose de neuf », souligne-t-il. Sa méconnaissance du territoire nîmois, Alain Nersessian reconnaît qu'elle peut constituer un « handicap ». Il entend donc sillonner la ville, tout l'été, pour combler ses lacunes.

Bouget-Nersessian : tandem complémentaire

Son rôle, le directeur de cabinet le résume ainsi : « Porter au maire les problématiques, lui proposer différentes hypothèses et travailler à la meilleure réponse. S’il est bien accompagné, il ne se trompera pas beaucoup. » D’autant que la nouvelle majorité doit désormais composer avec une opposition RN particulièrement offensive. Enfin, si Vincent Bouget est décrit comme calme et tempéré, Alain Nersessian se décrit plutôt comme « quelqu’un qui n'est pas du tout calme, je peux me mettre en colère, surjouer… » Finalement, le tandem Bouget-Nersessian s'est bien trouvé.

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