C’est un « mot du maire » que certains élus ne sont pas près d’oublier. Dans son édito de mai/juin, le maire communiste de Domessargues, Bernard Clément*, élu depuis 1989, annonce son retrait du SIRS « à la rentrée de septembre 2027. » Les raisons ? « Les coûts que plusieurs communes ont du mal à supporter, mais aussi et surtout des problématiques récurrentes en matière de transport. » Joint par nos soins, il complète : « Depuis un certain temps, j’ai une réflexion… Il y a un vrai problème de sécurité, avec des bus qui empruntent des routes très étroites et dangereuses. Cette année, il y a même un bus qui s’est renversé. »
Quatre villages, sept classes, 160 élèves
Trente-six ans plus tard, le bâtisseur a donc décidé de démonter son ouvrage. Puisque le « SIRS » a été créé en 1990 par Bernard Clément avec « le maire de Mauressargues de l’époque, Jack Divol, pour rouvrir l’école de son village. S’en est suivie l’arrivée des communes de Moulézan et Montagnac », rappelle une source. Aujourd’hui, au sein du SIRS, chaque commune dispose de deux sièges, soit un conseil syndical de huit élus au total. Le SIRS est adossé au RPI, le « Regroupement pédagogique intercommunal » de ces quatre communes, qui compte sept classes - soit 160 enfants - réparties sur les quatre villages.
Dans le détail, l’école de Domessargues accueille les maternelles avec trois classes ; Moulézan compte deux classes pour les CP-CE1 et les CE2 ; Mauressargues une classe pour les CE2 et les CM1 ; et Montagnac une classe pour les CM1-CM2. Le SIRS gère deux garderies, deux cantines ainsi que les transports pour conduire les enfants. Deux cantines sont implantées à Domessargues — accueillant également les élèves de Mauressargues — et à Moulézan — accueillant aussi les élèves de Montagnac. Dans la même veine, une garderie accueille les enfants à Domessargues et une autre à Moulézan.
Comment sortir du « SIRS » ?
L’annonce du maire de Domessargues a eu « l’effet d’une bombe » sur le territoire : « Bernard Clément s’est fait réélire président en avril pour finalement annoncer sa sortie du syndicat le 1ᵉʳ juillet… C’est normal ? », commente un élu. Un autre ajoute : « Peut-il vraiment sortir du SIRS avec une seule délibération de son conseil municipal ? Sans avoir l’accord du conseil syndical et sans étude d’impact ? » Bernard Clément appelle à l’apaisement : « Il ne faut pas exagérer les choses. Depuis longtemps, l'information circulait… Moi, je fais ça pour l’intérêt général. » Et d’ajouter, concernant les modalités de sortie : « En plus de notre délibération, il faut un vote du SIRS à la majorité. Puis, l’avis de la CDCI (Commission départementale de coopération intercommunale) »
Au SIRS, Bernard Clément trouvera-t-il une majorité sur les huit élus ? Le conseil municipal de Mauressargues, lui, a déjà émis un avis défavorable sur la sortie de Domessargues. Mercredi soir, en conseil municipal, Moulézan a fait le choix de ne pas se prononcer, n'ayant pas suffisamment d'éléments. À Montagnac, le maire Daniel Marquet, tiendra un conseil municipal fin juillet. Comme Bernard Clément, Daniel Marquet joue la carte de l'apaisement : « Il ne faut pas se prendre la tête et calmer le jeu. » Sur les raisons motivées par Bernard Clément, il abonde : « C’est vrai que les transports, c’est quand même compliqué. Les bus passent deux fois par jour dans chaque école. Il y a parfois du retard qui se répercute en classe… Et on a toujours autant de parents qui viennent en voiture. Ce syndicat date des années 90. Il est peut-être temps de trouver d’autres solutions… »
Un problème relationnel ?
Lesquelles ? Dissoudre le SIRS, en bâtir un nouveau sans Domessargues ? Ou alors passer des conventions avec Domessargues ? Toujours dans son « mot du maire », Bernard Clément a indiqué : « Domessargues fera preuve de solidarité pour accueillir, si nécessaire, les enfants d’autres villages. » Sauf que certains remarquent : « Si finalement on passe une convention avec lui, on ne décidera plus des tarifs ! Et qu'en est-il de nos écoles qui font vivre nos villages ? » Bernard Clément estime, lui, qu’un « village est vivant ou il ne l'est pas. Cela ne se résume pas à la présence d'enfants dans une salle de classe. »
Pour d’autres, le retrait de Bernard Clément a une autre origine : « Un problème relationnel avec les nouveaux élus. Certains, désireux de s’investir, ont posé des questions dans l’objectif d’apprendre, de comprendre… Le maire de Domessargues a pris ça pour de la suspicion. Ce n’était pas le cas. » Bernard Clément réfute : « Ce n’est pas vrai. Il y a plein de nouveaux jeunes élus, et c’est tant mieux… Je ne l’ai jamais mal pris, toutes les questions font partie du jeu politique. » Un maire de Nîmes Métropole, toujours sous couvert d’anonymat, se désole : « Aujourd’hui, les planètes sont alignées pour lui, avec la victoire de la gauche à Nîmes. D’ailleurs, Bernard Clément est partout… Depuis l'installation, on l’a fait élire vice-président, président du PETR Garrigues Costières… Certains élus ont peur d’avoir des répercussions au niveau de Nîmes Métropole. »