Publié il y a 1 h - Mise à jour le 13.04.2026 - Propos recueillis par Thierry Allard - 7 min  - vu 203 fois

L’INTERVIEW Christophe Serre : « Je suis un président qui veut agir pour son territoire »

Christophe Serre, lors de son élection à la présidence de l'Agglomération du Gard rhodanien mardi dernier

- Thierry Allard

Élu mardi président de l'Agglomération du Gard rhodanien, Christophe Serre s’exprime sur ses ambitions à la tête d'une intercommunalité de 44 communes et de 75 000 habitants qui accueille le deuxième pôle industriel d'Occitanie.

Il en profite aussi pour répondre aux nombreuses critiques qui ont suivi son élection et celle de ses quinze vice-présidents, dans lesquels la maire RN de Bagnols Pascale Bordes ne figure pas, mais aussi pour s’exprimer sur les attaques homophobes dont il est l’objet. Interview.

Objectif Gard : Une question qui est simple sans l’être : quel président allez-vous être à la tête de cette agglomération ?

Christophe Serre : Un président qui veut faire évoluer son territoire, avec un pan de compétences important qui est l'économie dans son ensemble. On a deux gros et beaux projets qui veulent s'installer sur le territoire avec Hexana et MGH. Nous sommes le deuxième pôle industriel de la région Occitanie, avec Marcoule, un plateau nucléaire extrêmement important avec des compétences techniques et intellectuelles fortes, qu’il faut essayer de développer. Donc Hexana est un exemple qui montre qu’on peut accueillir des projets, surtout dans le cadre d'une décarbonation du territoire. Je suis un président qui veut agir pour son territoire aussi bien sur la partie économique, mais aussi en termes de services que l'on doit proposer à la population. Alors il y en a qui font le reproche que nous sommes une Agglo de services. Ok, mais est-ce que ces mêmes personnes qui aujourd'hui sont à la tête des communes veulent récupérer une crèche, un centre de loisirs, l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères ? C'est facile à dire, mais après quand on regarde le coût, on se dit que c'est pas mal que la mutualisation soit faite au sein de l’Agglo. Si on a des offres de services pour la population, on peut avoir des personnes et des entreprises qui viennent s’installer, c'est un tout.

« Je ne vais pas être tout seul dans dans ma tour d’ivoire »

Qu'est-ce qui va changer avec votre présidence ? Une gouvernance un peu différente ? Notamment le rôle des vice-présidents...

On m'a reproché que j'étais le clone de Jean-Christian Rey, mais lui c'est lui et moi c'est moi, avec mon caractère, ma manière de faire. Je travaille en équipe avec les directeurs, je suis dans le partage des responsabilités avec l'ensemble des vice-présidents. Je pense que nous serons peut-être amenés à nous réunir un peu plus souvent en réunion de bureau, j'ai une entière confiance à l'ensemble des vice-présidents. Après, la confiance n'empêche pas le contrôle, mais c'est un travail d'équipe, je ne vais pas être tout seul dans ma tour d’ivoire, je veux être aussi sur le terrain. C'est pour ça d'ailleurs que je vais aller rencontrer d'ici fin juin si possible les 44 communes du territoire pour discuter bien sûr avec les maires et leurs élus sur leurs besoins, sur comment on peut essayer de travailler ensemble, avec en parallèle le travail sur le projet de territoire.

Dans ce nouvel exécutif, il n'y a pas Bagnols, ni sa majorité Rassemblement national. Ça fait réagir. Le comprenez-vous ?

Je peux comprendre que ça puisse faire réagir, mais avant d'avoir une réaction, il faut connaître comment fonctionne une intercommunalité quelle qu'elle soit, que ce soit ici ou ailleurs. Une intercommunalité, ce n'est pas une collectivité, c'est un établissement public. Alors me dire que le vote est antidémocratique parce que les habitants n'ont pas voté pour ce président ou pour cet exécutif, alors que les électeurs ont voté pour leurs représentants au sein du conseil d’Agglomération… Ce n'est pas moi qui ai choisi les 77 élus communautaires, puisque ce sont les électeurs de chaque commune qui ont choisi leurs conseillers communautaires. Le second point, c'est qu’on applique le code électoral : j'étais candidat, il y a eu deux autres candidats, on vote et c'est celui qui est majoritaire qui l'emporte. Il y en a qui ont une démocratie à double niveau : j'ai gagné contre Pascale Bordes, donc c'est antidémocratique. Par contre si Pascale Bordes avait gagné, je pense que la démocratie aurait été encensée. Mais ce n'est pas parce que Bagnols n'est pas dans l'exécutif qu'on ne fera rien pour cette commune-là, bien au contraire. J'aime bien être jugé sur pièce, pas sur des suppositions, pas sur des on-dit. J'ai pris rendez-vous avec madame Bordes, on lui a proposé deux dates d'ici la fin du mois pour échanger. Je veux essayer de mettre en place une fluidité entre l'Agglo et la commune. C'est mon souhait, mais il faut être deux, il faut que ça marche donc j'espère qu'en face j'aurai aussi du répondant, il faut être assez intelligent pour travailler pour Bagnols et les Bagnolais.

Donc Bagnols n'est pas isolée ?

Je n'ai jamais dit que Bagnols serait isolée. Après, l'intervention de madame Bordes en tant que candidate, c'était presque un procès contre Christophe Serre via des archives momifiées qui ont été ressorties plus que sur un réel projet de territoire. Aller dire qu’on était un système féodal… Je rappelle quand même que dans l'assemblée des 77 élus communautaires, il y en a bien 40 % si ce n'est plus qui ont été renouvelés et qui assument donc cette gestion-là. Parce que c'est bien beau de manger à tous les rateliers et après d'aller critiquer le fonctionnement, d’ailleurs il y a un élu qui se plaint, mais qui a été conseiller délégué et n'a jamais rien dit pendant six ans.

Vous parlez d’Olivier Robelet, le maire de Montfaucon ?

Je dis « un élu ». Je veux travailler avec tout le monde. Madame Bordes a ses idées, qui ne sont pas les miennes, mais sur certains sujets, on peut se retrouver.

« Pascale Bordes a fait un choix, elle l'assume »

Une vice-présidence a-t-elle été proposée à Pascale Bordes ?

Ça lui a été proposé lors d'une discussion qu'elle a eue avec Jean-Christian Rey au tout début. Est-ce que madame Bordes a mis comme adjoint quelqu'un de son opposition ? Non, et pourtant les élus de l'opposition représentent bien une partie de la population bagnolaise. Donc pourquoi ce qu'on me reproche, je ne peux pas le reprocher à d'autres ? C’est un faux problème. Elle a fait un choix, elle l'assume, mais ma porte est ouverte pour pouvoir travailler ensemble.

Quelle est votre priorité, le premier dossier sur votre bureau de président ?

C'est de pouvoir mettre en place le travail sur le projet de territoire. C'est à travers ce projet de territoire qu'on arrivera à avoir notre feuille de route pour la durée de ce mandat, voire au-delà. Et donc je veux associer l'ensemble des élus, même au-delà des élus communautaires, je parle des élus de l'ensemble du territoire, de nos partenaires associatifs, économiques et de la population pour faire en sorte qu'en fin d'année on arrive à une feuille de route qui nous permettra donc de développer un certain nombre d'axes. Donc ça c'est la partie immergée de l’iceberg, et puis en parallèle Hexana a dit qu'elle voulait s'installer sur le territoire, il faut l’accompagner. On ne peut pas atteindre un an, les services et les directions sont prêts. On a la problématique du musée qu'il va falloir sortir, il y a eu une belle proposition d'opportunité immobilière qui semble satisfaire tout le monde. Il faut voir la position de Bagnols. Il y a un schéma de trois piscines, donc maintenant qu'on a fait cette étude — pas à 800 000 €, contrairement à ce qui a été dit, mais beaucoup moins —, par où on commence ? Le choix du conseil communautaire précédent, c'était trois piscines, une au nord, une au milieu, une au sud.

« Ce n'est pas parce-qu’on est homo qu'on n'est pas capable de gérer une collectivité »

À titre plus personnel, vous avez annoncé lors de votre discours mardi soir que vous ne serez pas candidat aux prochaines municipales et donc que vous ne ferez qu'un seul mandat à la tête de l'Agglo. Entre-temps, il y a une autre élection à laquelle vous pourriez être candidat : les départementales. Serez-vous candidat ?

Ça, c'est différent, il faut avoir une discussion avec Carole Bergeri pour voir si elle veut continuer. Mais même si je devais être candidat aux départementales, ce sera aussi la dernière fois. Ma carrière politique a commencé en 1995, j’avais 30 ans. On peut me reprocher beaucoup de choses, mais au moins j'ai la durée pour moi. Je veux arrêter quand je l'aurai choisi, et pas le contraire.

Et enfin une dernière question aussi personnelle : vous avez déposé plainte contre une injure homophobe à votre encontre. Que peut-on penser de ce déferlement de haine qui suit l'élection de mardi ?

On m'a posé la question de savoir si ce n'était pas orienté par un parti politique. Moi je vous dirais non, mais quand on va voir les profils de ceux qui écrivent, c'est quand même relativement proche des partis d'extrême droite. Et quand je lis qu'on est tous des magouilleurs, quand on va voir un petit peu qui est derrière, c’est toujours pareil. Il y a quand même une sphère extrémiste derrière tous ces propos-là, et puis ce qui est dommage, c'est que les gens parlent sans savoir. Après, je reconnais que les réseaux sociaux nivellent la société vers le bas, mais je suis un élu, je peux pas m'enlever des réseaux. Quand je lis que pour rentrer à l’Agglo, il faut être « pédé »… J’ai fait une copie d’écran, ça va être mis à disposition de la justice. Philippe Ribot, le président des maires du Gard, m'a proposé que l'association soit partie civile, je pense que je vais accepter parce que c'est quand même la seconde fois, maintenant il y en a marre. Et pour les homophobes, je leur garantis que dans trente ans je serai toujours homo. C'est comme ça et ce n'est pas parce qu'on est homo qu'on n'est pas capable de gérer une collectivité. Donc j'espère que la justice va me suivre et j'espère qu’il y aura un exemple. Chaque fois qu'il y aura ce style de propos qui me concerne, je déposerai plainte. Je ne le fais pas pour moi, je le fais surtout pour les autres.

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