Publié il y a 1 h - Mise à jour le 24.06.2026 - Coralie Mollaret - 4 min  - vu 143 fois

NÎMES MÉTROPOLE Le duel Vincent Bouget-RN s’installe au Colisée

Ce mardi soir, près de 3 heures de débat, permettant de voter 71 délibérations

Ce mardi soir, près de 3 heures de débat, permettant de voter 71 délibérations 

- Coralie Mollaret

Installé plus confortablement dans son fauteuil de président, Vincent Bouget a déjoué les attaques du Rassemblement national. 

C’est un match que l’on n’avait pas vu depuis quelques années au Colisée… Sous le précédent mandat, les passes d’armes se déroulaient entre la droite et la gauche, Franck Proust critiquant peu – voire pas du tout – l’extrême droite. Les temps ont changé, les électeurs ont parlé. Comme attendu, le conseil communautaire, ce mardi, a été marqué par les attaques du groupe RN, présidé par le député européen Julien Sanchez, et les ripostes de la majorité conduite par le communiste Vincent Bouget. Un affrontement parfois plus proche de la mise en scène que du débat sur les grands dossiers de l’Agglo…

Premier « gros morceau » : l’examen du compte financier unique 2025. Un document retraçant la réalité des dépenses et des recettes de l’intercommunalité. Le vice-président aux Finances, Gilles Guillaud, dévoile les grandes lignes : des dépenses en hausse de 2,6 %, pour atteindre 207 M€ ; une épargne brute en légère baisse à 72 M€ ; un investissement maintenu « à un niveau élevé » à 105 M€ ; et une dette de 466 M€ (480 M€ avec l’ajout de la dette de la Gemapi), soit un ratio de désendettement de 6,7 ans. « Ce qui place Nîmes Métropole parmi les intercommunalités les plus endettées de France et au premier rang de celles de la même strate », alerte l'élu.

Ce constat aurait pu ouvrir un débat. Il n'en est rien. Le compte financier a été adopté à la majorité sans aucune intervention de l’opposition. D'ailleurs côté finances, Vincent Bouget a proposé de reporter le vote du budget 2027, premier budget de la nouvelle majorité, début 2027 : « Nous devons construire une trajectoire financière claire, soutenable et responsable (...) Pour conduire ce travail dans de bonnes conditions, nous avons besoin de temps. »

Vincent Bouget : « Ça ne sert à rien, c’est très politicien »

L’une des premières délibérations à attirer l’attention du RN concernait le déménagement du siège du syndicat Vistre Vistrenque, chargé de la prévention des inondations. Rien de bien spectaculaire. L’élu RN de Marguerittes, Stéphane Guillemin, a demandé si ce transfert permettrait de réaliser des économies. « Oui. Il s’agit du regroupement de deux locations à Caissargues et Aimargues sur un site unique, permettant de réduire les coûts en améliorant les conditions de travail », lui a répondu l’exécutif.

Lors de l’examen du rapport d’activité 2025 de l’Agglo, le jeune élu Titouan Thomas a interpellé Vincent Bouget : « Nous souhaitons que les prochains rapports intègrent des critères d’évaluation. Confier à l’opposition une part dans la définition de ces indicateurs constituerait une preuve de confiance démocratique… » Une proposition qui restera sans réponse. Reste à savoir si telle expérimentation a été tentée à Beaucaire, commune dirigée par le RN ?

Sur la nomination de deux nouveaux membres du bureau communautaire, à la suite de la démission de deux maires du conseil communautaire, Titouan Thomas remet une pièce dans la machine : « Cette situation soulève plusieurs interrogations… Les maires des communes concernées ont-ils été consultés préalablement à ces désignations ? » Vincent Bouget finit par répondre, en rappelant le cadre légal : « Ce sont deux communes de moins de 1 000 habitants. C’est le maire qui siège naturellement à l’Agglo. Ils m’avaient fait part de leur volonté de ne pas siéger (...) Là, ce que vous faites, ça ne sert à rien, c’est très politicien. »

Julien Sanchez annonce saisir le tribunal administratif

Le véritable accrochage est arrivé sur la répartition des moyens financiers entre les groupes politiques. Le nerf de la guerre politique. « Après consultation du service juridique », Vincent Bouget a modifié la délibération, permettant d’ajouter le critère de « charge de travail des élus en responsabilités » en plus de celui de l’effectif du groupe dans l'attribution des deniers publics. Une manière d'assurer ses arrières face à un RN friand de contentieux ? Julien Sanchez annonce attaquer la délibération au tribunal administratif.

Et de justifier : « Vous prenez aux pauvres pour donner aux riches. Ça nous paraît discriminatoire. Avec une égalité parfaite, en ne tenant compte que du nombre d’élus par groupe, le groupe de Franck Proust aurait 2 004 € contre 184 € aujourd’hui avec votre système. Nous, ce serait 7 348 € contre 678 €. On ne va pas laisser passer ça, on est lésés à 90 % ! » Cette fois, c’est le premier vice-président, Rémi Nicolas, qui rétorque : « On a l'habitude des menaces de recours… On ne parle pas de 4 M€ de fonds européens destinés à financer des emplois fictifs *! On parle des moyens donnés à des groupes. »

Dans cette même veine, le groupe RN a voté contre le règlement intérieur. Problème : c'est l’ancienne élue de la majorité de Franck Proust, désormais passée dans le camp RN, Christine Tournier-Barnier, qui s’est risquée à dénoncer notamment « le retrait de la parole à la discrétion du président ». Vincent Bouget lui fait alors remarquer, non sans ironie : « C’est exactement le même règlement que sous la précédente mandature ! Je suis ravi d’avoir enfin entendu le son de votre voix… » Une formule, qui résume assez bien l’ambiance : beaucoup d'offensives du RN, peu de dégâts pour la majorité. Du moins, pour l'instant.

*Marine Le Pen a été condamnée en première instance à quatre ans de prison et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs d’assistants d’eurodéputés. Elle a fait appel de cette décision. Elle bénéficie de la présomption d’innocence tant que la condamnation n’est pas définitive.

Et aussi : 

Aéroport Édeis : « Les prochains jours seront décisifs. » Vincent Bouget a ouvert la séance par le traditionnel discours d’actualité, marqué par la situation de l’aéroport Nîmes-Méditerranée : « Les inquiétudes sont légitimes, les objectifs sont loin d’être atteints (en termes de passagers, NDLR) », relève le président, « le contrat de DSP (délégation de service public signée avec Édeis) court jusqu’en 2028. Nous devons regarder la situation lucidement et préparer l’avenir. » Assurant que « les prochains jours seront décisifs », l’exécutif a annoncé la création d’un comité de suivi, qui se réunira le 30 juin avec le délégataire, ainsi qu’une rencontre imminente avec le préfet du Gard « afin d’échanger sur les perspectives pour l’aéroport et les conditions d’un accompagnement renforcé de l’État dont nous avons besoin ». Sa déclaration n’a suscité aucune intervention d’élu.

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