Hormis les toros qui venaient de chez Garcigrande, voilà un cartel que l’on connaît car déjà vu l’an passé. Sans Morante de la Puebla qui a préféré ne pas venir, il a été remplacé par Juan Ortega, mais avec les toros d’El Juli…
Présentation intime pour un fer pas tout à fait comme les autres. Sans ancienneté madrilène, la ganaderia d’El Juli veut marquer les esprits. El Juli… Ici, il est chez lui, c’est dans cette plaza qu’il a pris son doctorat et ses toros ne sont pas là pour rien. Du sang Domecq via Garcigrande et forcément Daniel Ruiz, fer que le maestro adorait toréer.
L’an passé la ganaderia a sorti six lots, 26 toros et sept novillos lidiés pour 32 oreilles et trois queues coupées. En plus ? Deux vueltas posthumes et trois toros graciés dont deux par Talavante, voisin de l’élevage. Le lot du jour… on y reviendra !
Alejandro Talavante était déjà en piste ce matin. Pas tout à fait, ses excellents novillos l’étaient ! Comme le Juli, il a apporté dans ses bagages les cornus qu’il élève. Les deux maestros sont d’ailleurs voisins d’élevage et se connaissent par cœur. À 39 ans, il est au zénith de son art après avoir connu des passages moins intéressants car trop répétitifs et prévisibles. Cependant, il vient à Nîmes décidé et on sent qu’il veut triompher plus qu’à l’accoutumée. Promu chef de lidia il lance la course dans une ambiance de chahut. Le toro qui sort a des cornes qui n’en plus tout à fait mais Talavante va rapidement faire oublier ça en offrant une leçon de toreo tout en faisant briller cet excellent adversaire, le premier d’une course qui aura été d’un niveau ganadero assez incroyable. Talavante reprend vie et l’alchimie opère, les arènes pleines, plus que pleines, sont prêtes à exploser et n’attendant qu’une étincelle pour le faire. Elle viendra. Talavante allumera une première mèche en laissant venir le toro, en le maniant comme une marionnette, en lui dictant ses règles et en lui contant fleurettes. Les deux premières oreilles de la tarde après une belle épée tombent, l’ambiance chavire du bon côté.
Deuxième chance pour Talavante qui est, rappelons-le, apodéré par l’empresa nîmoise Simon Casas. Ici, il a toréé 21 corridas et coupé 17 oreilles avant ce paseo mais il n’a pas encore ouvert la Porte des Consuls. À un trophée de le faire, il va chercher au plus profond de lui et gagnera ce droit ! À son aise, plus relâché que d’habitude, le maestro happe la foule qui retient son souffle sur des arrucinas serrées pour un toreo acéré. Talavante déballe tout, fait une nouvelle fois des luquecinas et ne pinche pas. Oreille à peine pétitionnée mais oreille accordée à juste titre par le palco.
Morante était prévu pour ouvrir ce cartel. Il est revenu et avec lui son cortège de passionnés. Sa saison 2025 fut magique et conclut par l’annonce de son retrait des ruedos. Mais, il est revenu en début de temporada jusqu’à un terrible accident qui l’a fait passer par la case hôpital. Incertaine de son retour et de sa présence à Nîmes, l’aficion a dû prier fort mais le voilà. Il fut la locomotive de cette feria de Pentecôte mais il n’est pas remis de ses blessures. C’est dont vers Juan Ortega que Simon Casas, empresa de Nîmes, s’est tourné pour trouver une substitution à la hauteur des attentes. Évidemment les déçus le resteront. Juan Ortega s’élance en piste dans le froid glacial d’une arène qui ne voulait pas le voir. Dur. Très dur. Il faut un mental de torero, de maestro pour s’accrocher et ne pas sombrer, surtout quand on torée de la sorte. Jamais on ne l’avait vu bien sur le sable nîmois, ce 23 mai, cela a changé. Deuxième bon toro d’El Freixo, un bicho qui permet et qui accepte une tauromachie de détail, pourtant celle que les aficionados de Morante apprécient… Comme quoi, étrange ! Applaudissement.
Le Sévillan n’avait jusqu’ici jamais vraiment billé à Nîmes. Avec son second il coupera une oreille de poids après une faena menée sérieusement devant un nouveau bon toro d’El Freixo. On a retrouvé un Ortega doux, suave, maniéré parfois mais sans fioritures, un Ortega qui ne peut que plaire. Comme pour son premier, l’épée est en place au premier envoi, oreille, enfin.
Marco Perez enchaîne un troisième paseo en autant de ferias à Nîmes. Il y a pris son alternative, y a participé à un mano a mano spécial et revient pour une course décisive. En deux corridas, il a coupé six oreilles et une queue coupée ! Sous l’orage, il a marqué les esprits comme un autre maestro qui avait pris son alternative ici aussi et qui est devenu ganadero depuis, El Juli. Le petit sort du burladero et file droit devant le toro. Les genoux à terre, il attend son toro. Et quel toro ! Comino, un de ceux qui vous font aller aux arènes. De la race, de la caste, énormément de noblesse et un gros fond de bravoure, idéal. Marco Perez l’a immédiatement vu mais encore fallait-il ne pas le laisser passer. Il s’arrime, réalise en entame au capote digne d’un clip promotionnel puis étale son savoir au fur et à mesure des charges, lentes, belles, emplies d’alegria de Comino. Une entente ultime, une union parfaite et une belle épée pour en finir. On se demande même si Marco Perez n’a pas passé plus de temps à genoux que debout tant il a fait passer et repasser Comino, à la muleta, devant lui. On aura eu droit à tout ou presque, un panel incroyable des passes à employer quand on est torero. Le rabo tombe et le mouchoir bleu aussi. Logique. Tout est logique. Marco Perez est un torero nîmois aujourd’hui et à jamais.
Apodéré par Juan Bautista, Marco Perez est attachant. On le voit toréer depuis quelques années déjà mais il n’a que 18 ans ! Là, encore une fois, il se plante devant le toril et réceptionne un peu mieux son toro, il exécutera également des véroniques… mais à genoux ! Il brindera son toro à Vincent Bouget, maire de Nîmes, qui était accompagné des préfets Bonet et Lauga. La suite du duel tombera un peu en intensité et Marco Perez, qui aurait pu couper encore, perdra ce bénéfice à l’épée.
Une grande corrida qui vient couronner une excellente journée dans les arènes.