Publié il y a 1 h - Mise à jour le 08.04.2026 - Julia Razil - 6 min  - vu 319 fois

ARLES À ACCM, une élection sous haute tension

Patrick de Carolis entouré des 13 vice-présidents d'ACCM.

- J.Rz.

Au terme de six heures de débat ce mardi soir, au cours d'une soirée extrêmement tendue tant dans les propos que dans les urnes, le président et les 13 vice-présidents d'ACCM ont été élus. Parmi les faits marquants de la soirée : la réélection de Patrick de Carolis, l'absence des maires de Saint-Martin-de-Crau et de Tarascon à la gouvernance d'ACCM et le départ, en pleine séance, du député et conseiller communautaire Emmanuel Taché. 

L’installation du nouveau conseil communautaire de l’ACCM, mardi soir à Arles, restera comme l’un des épisodes les plus tendus de son histoire. En coulisses, les négociations étaient déjà âpres depuis les municipales, et c’est finalement sous les projecteurs de la salle des fêtes arlésienne que les divisions ont éclaté au grand jour. Deux blocs se sont affrontés, cristallisant une fracture politique nette. 

Dès les premières minutes, l’annonce de quatre candidatures à la présidence a donné le ton. Patrick de Carolis, candidat à sa propre succession, devait affronter trois rivaux : Séverine Dellanegra, maire de Saint-Martin-de-Crau et ancienne première vice-présidente ; Alexandre Ducouret, maire de Tarascon ; et Nicolas Koukas, conseiller municipal d’opposition à Arles. Le premier tour a confirmé la polarisation du débat : De Carolis a obtenu 22 voix, Dellanegra 8, Ducouret 9, et Koukas 5. Aucun candidat n’ayant atteint la majorité absolue, un second tour s’est imposé. C’est là que le suspense a basculé. Ducouret et Koukas ont retiré leur candidature, laissant place à un mano a mano serré entre De Carolis et Dellanegra. Résultat final : 22 voix pour le maire d’Arles, contre 21 pour sa rivale. Ce qui laisse entendre que le groupe RN de Tarascon et la gauche arlésienne se sont rangés derrière la même candidature, celle de la maire de Saint-Martin-de-Crau, qui proposait une "gouvernance plus équilibrée". 

Reconduit à la mairie d’Arles il y a trois semaines, Patrick de Carolis conserve donc aussi la présidence de l’agglomération. Mais cette victoire à l’arraché ne doit pas masquer la réalité : la scission est profonde, et la tâche pour rassembler s’annonce colossale. "Être président de l’ACCM, c’est porter la voix d’un territoire dans toute sa diversité, être le garant de l’équilibre entre nos communes, et surtout être le président de toutes et tous, a-t-il déclaré après son élection. Aujourd’hui, nous devons nous rassembler autour d’une vision politique claire, sans ambiguïté, et sans compromission avec ceux qui en sont aux antipodes." Des mots qui résonnent comme un défi, tant les discours et les votes de la soirée ont révélé une fracture durable.

Les élus du conseil communautaire lors de la séance d'installation, mardi soir, à la salle des fêtes d'Arles. • J.Rz.

Séverine Dellanegra, qui appelait à une candidature de "concorde" plutôt que de "clivage", a demandé, dès l’annonce des résultats, une suspension de séance pour "permettre aux maires du territoire de s’entretenir". Un conciliabule improvisé a réuni, autour de De Carolis, Dellanegra, Jérémie Becciu (Boulbon), Laurie Pons (Saint-Pierre-de-Mézoargues), Thibault Mena (Les Saintes-Maries-de-la-Mer) et Alexandre Ducouret (Tarascon). Une tentative de dernière minute pour trouver un terrain d’entente ? En vain.

"Ne pas proposer de vice-présidence à notre majorité qui a fait 65% est une punition bien excessive !"

À peine la séance relancée, Séverine Dellanegra a repris la parole : "Sur le vote des vice-présidences, mon équipe s’abstiendra, a-t-elle lancé. Ne pas proposer de vice-présidence à notre majorité, qui a obtenu 65 % des voix aux municipales, est une punition bien excessive. C’est un déni de démocratie, et cette méthode est critiquable." Patrick de Carolis a répliqué, levant au passage le voile sur les négociations avortées : "Il y a quelques jours, je vous ai proposé quatre vice-présidences. Vous les avez refusées en vous présentant contre moi." "Oui, vous m’avez proposé quatre délégations, a concédé Dellanegra, l’ancienne première vice-présidente. Mais si le mode de fonctionnement ne change pas, peu importe les délégations." Un échange qui résumait à lui seul cette impossibilité de trouver un compromis.

L'ambiance était déjà tendue quand Emmanuel Taché, député et conseiller municipal de Tarascon, a sonné la charge suivante transformant le débat en un véritable réglement de comptes. À Patrick de Carolis qui avait assuré qu'il ne donnerait aucune vice-présidence au RN, Emmanuel Taché a lancé : "Vous avez décidé des mesures privatoires et conservatoires. Madame Dellanegra a eu le malheur d’adopter une démarche honnête à votre égard, elle vous a tenu tête." Puis, sans transition, il a enchaîné les critiques : "Nous avons subi l’OPA de Renaud Muselier, qui ne représente plus rien. Puis celle de Martine Vassal, la looseuse de Marseille. Vous avez promis des vice-présidences à tout le monde, en disant que ce serait ‘tout sauf le RN’. Donc tout sauf Tarascon ?" La charge du député s’est faite de plus en plus personnelle, quasi prophétique : "Je pense que dans sept ans, vous ne serez plus là. Vous serez remplacé par des gens pleins d’ambition. Votre attitude est prétentieuse, et je ne crois pas que vous soyez à la hauteur de la présidence de l’ACCM." Puis, il a enfoncé le clou, accusant De Carolis de "cracher à la figure des électeurs du RN" et de "gifler les Tarasconnais de (son) gant blanc". "Vous faites du macronisme dans le texte, a-t-il asséné. Vous n’avez pas saisi le sens des urnes. Ce soir, vous proposez une vice-présidence à un candidat disqualifié. Il n’y a pas d’union sacrée contre vous, monsieur De Carolis. Vous n’êtes qu’un simple locataire. Comprenez-le : vous êtes une personne non fiable. Votre majorité est fragile."

Face à cette tirade, Patrick de Carolis a tenté de garder son sang-froid. "Je ne crache à la figure de personne, a-t-il rétorqué. Je respecte le vote de toutes les communes. Nous sommes là pour faire de la politique et des alliances. Et mon alliance n’ira pas avec vous." Mais les cris de "Tout sauf le RN !" lancés par Taché en fond de salle et en fond sonore ont résonné comme un écho sinistre à la scission qui traverse désormais l’ACCM. Du jamais vu dans cette assemblée. 

"Un véritable vaudeville"

La suite de la séance a réservé son lot de surprises. "Un western" pour les uns, "un véritable vaudeville" pour les autres. L’élection des 13 vice-présidences a tourné au spectacle, avec Emmanuel Taché en metteur en scène malgré lui. À trois reprises, le député a présenté la candidature d’Alexandre Ducouret, maire de Tarascon. Si ce dernier a joué le jeu une première fois, il a retiré sa candidature les deux fois suivantes, révélant au grand jour un malaise avec son adjoint -- et député de la circonscription. Après un premier refus, Taché l’a pris à part pour une discussion en tête-à-tête. Mais au second, c’est Ducouret qui s’est levé, a traversé la salle et a sommé le député de le suivre à l’extérieur. Dans la foulée, Olivier Debicki, premier adjoint au maire de Tarascon et conseiller communautaire, a quitté son siège à son tour, invitant lui aussi Taché à le rejoindre dehors. Il était alors un peu plus de 22 heures. Et le député, lui, ne réapparaîtra plus de la soirée. 

Vice-présidences : les maires de Tarascon et de Saint-Martin de Crau absents

C'est donc 43 et non plus 44 élus qui ont pris part au vote à partir de la 6e vice-présidence. Comme l'avait annoncé Patrick de Carolis, toutes les communes sont représentées au travers d’une vice-présidence. Mais c'est la question de la représentativité justement qui, hier soir, posait problème à une partie de l'assemblée. "Ce qui se traduit ici, ce n'est pas la volonté des urnes", entendait-on. Ni le maire de Tarascon, ni la maire de Saint-Martin de Crau -- les deux plus grandes villes de l'agglo après la ville centre -- ne faisant partie de la gouvernance d'ACCM. Là encore, du jamais vu. Jérémie Becciu, maire de Boulbon ; Thibault Mena, maire des Saintes-Maries de la mer et Laurie Pons, maire de Saint-Pierre de Mézoargues, en revanche, siègent bien au côté de Patrick de Carolis, occupant les trois premiers postes de vice-présidents. Pour Tarascon comme pour Saint-Martin-de-Crau, ce sont les candidats malheureux aux municipales, Fabien Bouillard et Tania Teixier, qui ont obtenu une vice-présidence. De quoi faire grincer des dents. Arles, par contre, truste les postes avec 8 vice-présidences (Cyril Juglaret, Mandy Graillon, Christophe Pachoud, Patrick Chauvin, Sébastien Abonneau, Sylvie Petetin, Claire Mailhan et Bertrand Mazel).

"Vos voix, Madame Dellanegra et Monsieur Ducouret seront entendues au sein du conseil des maires", a tenté de rassurer Patrick de Carolis. En vain aussi ? Certains se le demandent déjà car après cette installation où chaque voix a fait la différence, les sept prochaines années s’annoncent sous le signe de la tension. À l’ACCM, la "concorde" risque d'attendre. 

À minuit, et après 6 heures de débat, les élus d'ACCM ont voté le report de l'élection des 4 membres du bureau communautaire. Le prochain conseil communautaire se réunira mardi 14 avril. 

La composition du bureau

Président : Patrick de Carolis. 1er vice-président : Jérémie Becciu. 2e vice-président : Thibault Mena. 3e vice-président : Laurie Pons. 4e vice-président : Cyril Juglaret. 5e vice-président : Mandy Graillon. 6e vice-président : Christophe Pachoud. 7e vice-président : Fabien Bouillard. 8e vice-président : Patrick Chauvin. 9e vice-président : Tania Teixier. 10e vice-président : Sébastien Abonneau. 11e vice-président : Sylvie Petetin. 12e vice-président : Claire Mailhan. 13e vice-président : Bertrand Mazel.

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