Il y a eu d'abord l'annonce par l'État de l'engagement de l'instruction de la demande de Déclaration d'utilité publique (DUP), le 13 mai dernier. Puis, quelques jours plus tard, la réception d'un courrier indiquant à certains propriétaires la venue imminente d'agents RTE sur leurs terres. Et hier, mardi 26 mai, le coup de grâce.
"La messe est dite. La sentence est tombée." Jean-Luc Moya, porte-parole du Collectif Stop THT 13/30, a planté le décor sans détour lors de la réunion de crise organisée ce mardi dans les locaux du Centre français du riz, à Arles. Quelques heures plus tôt, Emmanuel Macron avait confirmé aux acteurs de l’électrification, invités à l'Elysée, que la ligne à très haute tension de 400 kV entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer était indispensable pour donner de la visibilité aux industriels de la zone. Pour les opposants, qui luttent depuis deux ans et demi contre l’implantation de 165 pylônes de 70 à 90 mètres de haut en plein cœur de la Camargue et de la Crau, le message est sans appel : "L’État va passer en force." Mais, ils ne comptent pas baisser les bras.
L'appel à l'Union sacrée des élus
"C’est une réunion de crise, car au vu des dernières annonces, on arrive dans une voie sans issue", a déclaré Cédric Bernardi, coprésident de l’association de Sauvegarde des terres de Crau et de Camargue, devant des représentants d'associations, des agriculteurs, des propriétaires, une poignée d'élus locaux (Arles, Fourques, Saint-Martin-de-Crau), et le député d'Arles. Tous ont abordé la situation sous un angle inédit : celui de la dernière chance. Deux tendances ont émergé lors des échanges, révélant une stratégie à plusieurs niveaux, certains privilégiant le cadre formel, d'autres évoquant des actions plus radicales.
Premier axe de travail : le juridique. Malgré des chances de succès jugées minces par les avocats du collectif et des villes, les opposants comptent bien se battre sur le terrain judiciaire. "La DUP signifie que le projet est d’intérêt majeur, mais on va tout de même contester cette décision", explique Jean-Luc Moya. Leur plan ? Attaquer la DUP elle-même, mais aussi cibler les industriels en contestant systématiquement leurs demandes de permis. "C'est aussi de leur responsabilité que de voir le saccage de la Camargue et de la Crau", ajoute-t-il.
Deuxième axe : le politique. Les opposants appellent à "une union sacrée des élus, d’un bout à l’autre de l’échiquier politique", comme l’a souligné Cyril Marès, président de la Copa 30 et de l’AOC Costières de Nîmes. "Nous, on a bien réussi à unir agriculteurs et écologistes. Maintenant, il faut que les politiques fassent de même." Carole Guintoli, de l’association Sauvegarde des Terres de Crau et de Camargue, a quant à elle demandé à l’ensemble des élus de solliciter un rendez-vous avec Maud Bregeon, ministre de l’Énergie. "On a frappé à toutes les portes… À part le pape, on a tout essayé", ironise Jean-Luc Moya. Qui ajoute : "un rendez-vous avec Emmanuel Macron serait the last chance, mais c'est à tenter."
Troisième axe : le médiatique. Pour les opposants, il est crucial d’obtenir une couverture nationale. "Ce qui se passe ici va se passer ailleurs. Il faut que la France entière comprenne les enjeux", insiste Jean-Luc Moya.
Vers une ZAD ?
Quatrième axe : la mobilisation citoyenne. Maître Sébastien Mabile, coordinateur juridique du collectif, a rappelé l’importance de l’enquête publique, prévue au troisième trimestre 2026, principalement sous forme dématérialisée. "Notre objectif ? Réunir le plus grand nombre de contributions jamais enregistré dans le cadre d’une enquête publique. Ce que nous défendons, c’est le patrimoine commun de tous les Français."
Pour certains, comme Guillaume Meiffre, coprésident de l’association de Sauvegarde des terres de Camargue et de Crau, une résistance plus radicale pourrait s’imposer. "Il faut qu'on se prépare à entrer dans le dur. Ce genre de projet n’est arrêté que quand il y a des Notre-Dame-des-Landes. Il faut faire une Notre-Dame de Camargue. Ce sera notre seul recours." Pour lui, la création d’une ZAD (zone à défendre, occupée illégalement pour bloquer un projet) semble inévitable si le projet venait à avancer. "Si on veut faire capoter ce projet, il n’y aura que ça", a ajouté l'oléiculteur, qui voit dans cette résistance physique le dernier rempart contre la ligne THT.
Alors que le débat sur les formes de mobilisation et les actions à mener devait être abordé, les journalistes ont été priés de quitter la salle. Les élus, eux, sont restés.