Martine Barrat, portraits intimes de la vie urbaine
C'est sans doute l'une des expos les plus visitées de cette 57ᵉ édition. À l'étage de l'espace Van Gogh, ne ratez (surtout) pas l'hommage des Rencontres à la plus française des photographes new-yorkaises, à travers l'exposition The Soul of the city. À 93 ans, Martine Barrat est d'ailleurs l'une des dernières résidentes permanentes du célèbre Hôtel Chelsea. Tour à tour danseuse, serveuse, actrice, elle deviendra finalement photographe (mais aussi réalisatrice, écrivaine, et tant d'autres choses). Et produira une œuvre puissante et singulière, capturant l’essence des quartiers marginalisés, de la Goutte d’Or à Paris au Harlem et au Bronx des années 1970-1980. Son travail, marqué par une proximité humaine et une empathie rare, donne une visibilité aux communautés souvent ignorées par les récits dominants.
Jusqu'au bout, le directeur du festival espérait sa venue. Mais cette grande dame de la photographie est restée à New-York. Et c'est depuis son appartement de l'Hôtel Chelsea que Martine Barrat a accepté de répondre aux questions d'Objectif Gard & Arles. À lire dans le prochain numéro de notre magazine, une édition spéciale Rencontres d'Arles.
Paul Kodjo, la promotion d'un Abidjan moderne
L’artiste ivoirien Paul Kodjo (1939–2021) est mis à l’honneur, à Croisière, avec une rétrospective intitulée Photoromance. Cette exposition, sa première grande exposition solo en France, explore son œuvre pionnière dans la construction d’une culture visuelle ivoirienne postindépendance. Paul Kodjo a marqué l’histoire en fondant l’agence avant-gardiste MAMEDIS (Mass Media Service) et en devenant l’un des premiers photographes africains à explorer le photoroman. Ses images, à la fois inventives, populaires et modernes, capturent l’optimisme et le dynamisme culturel des années 1970 en Côte d’Ivoire, notamment à travers des scènes de vie abidjanaise, comme ses célèbres "Soirées dansantes". L’exposition s’inscrit dans le chapitre Indépendances de cette 57ᵉ édition, qui met en lumière la manière dont le continent africain a repris en main sa propre image après les indépendances. Aux côtés d’autres artistes comme Sammy Baloji (à la chapelle des Trinitaires) ou Thato Toeba (salle Henri-Comte), Paul Kodjo illustre comment la photographie a contribué à réécrire les récits nationaux et à promouvoir une image moderne de ces pays après leur indépendance.
William Klein, l'oeil critique et caustique
Une rétrospective couvrant près de 60 ans de création visuelle. Rien que ça ! À la chapelle du Museon arlaten, This way to heaven témoigne de la richesse du travail de William Klein et de son œil hautement critique de la société américaine des années 50. Une œuvre plutôt méconnue de cette figure tutélaire qui aurait fêté ses 100 ans cette année. Photographies, peintures, films, dessins et autres documents, parfois inédits, offrent une plongée dans sa production multiforme, visionnaire et terriblement caustique. Lui qui avait très tôt choisi de faire de la France son pays d'adoption, observait avec attention les images dispensées outre-Atlantique par les mass media, il les décomposait pour les remonter… grinçantes. Des séquences sont dédiées à ses grandes séries sur Mohamed Ali, sur le film qu'il a réalisé, Polly Maggoo, et sur Mister Freedom. Un régal !
Modèle animal, 200 ans de photographies
En préambule aux 200 ans de la photographie - célébrés de septembre 2026 à septembre 2027 -, l’exposition Modèle animal retrace deux siècles de photographies animales, à La Mécanique générale. "Ce qui est passionnant, c’est de voir à quel point les photographes ont été et sont fascinés par le vivant", souligne Christoph Wiesner, le directeur des Rencontres. "Nos compagnons, sujets d’étude, miroirs… les animaux sont partout avec nous, et plus que jamais dans le champ de la photographie." L’exposition réunit plus de 160 photographes, parmi lesquels Lucien Clergue, Martin Parr et Sophie Calle. Ne cherchez pas ici la mignonnerie, ça aurait été le piège. Non, dans cette exposition aussi inédite que majeure se lit l'histoire de la photographie (et celle de notre rapport au vivant) à travers le prisme de l'animal comme modèle donc, mais aussi comme sujet, symbole ou bien encore miroir de l'humanité.
Harry Gruyaert, en balade dans un monde coloré
À 84 ans, il est l'un des photographes de la célèbre agence Magnum... et il est aussi un photographe inclassable. Dans l'objectif d'Harry Gruyaert, il y a comme un air de timing imparfait. Avec A Sense of Place, à la chapelle du Méjan, le photographe belge propose un voyage urbain et chromatique à travers ses compositions millimétrées, capturées à New York, Paris, Tokyo, Moscou, Anvers, Mumbai ou Zanzibar. Mais avec lui, qu'importe le lieu (paradoxalement au nom de son exposition), seul compte le moment et la manière de photographier. Pourtant son travail est bien loin de se limiter à de belles images. Il capture la vie quotidienne et la raconte. Rien d’exceptionnel en apparence. Et pourtant, son regard, porté par une maîtrise parfaite des couleurs et de la lumière, transforme l’ordinaire en extraordinaire.