Publié il y a 1 h - Mise à jour le 10.06.2026 - Stéphanie Marin - 5 min  - vu 50 fois

TERRE D'ARGENCE Le projet du port de Fourques : stop ou encore ?

314 anneaux sont prévus dans ce projet de port à Fourques. 

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En fin de conseil communautaire, mardi, les élus de Beaucaire Terre d’Argence ont eu à se prononcer sur la déclaration d’utilité publique concernant le projet d'un port de plaisance à Fourques. Une nouvelle étape pour ce dossier en attente depuis 40 ans.

Plus de procurations qu'à l'accoutumée. Deux maires, Nelson Chaudon (Beaucaire) et Jean-Marie Gilles (Vallabrègues), sur les cinq que compte la Terre d'Argence étaient présents lors du conseil communautaire organisé hier, mardi 9 juin, à 9h. En cause, une heure de rendez-vous considérée plus contraignante par des conseillers de l'opposition, qu'au temps de la présidence de Juan Martinez où les séances se tenaient à 19 h. Une époque révolue depuis le changement de majorité, avec Nelson Chaudon, maire RN de Beaucaire, à la tête de l'intercommunalité. Le nouveau président privilégie désormais des conseils organisés sur le temps de travail des agents. "Il ne veut pas payer d'heures supplémentaires mais ouvre un poste de directeur de cabinet", glisse ironiquement une élue en coulisses.

Une motion contre le projet de ligne THT

Au programme de ce conseil communautaire, 40 délibérations. Il s'est ouvert sur le vote d'une motion d'opposition au projet de ligne à très haute tension 400 000 volts reliant Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer et au lancement de la déclaration d'utilité publique. Un texte qui sera versé à l'enquête publique, inspiré en partie de celui voté par le conseil municipal de Beaucaire la semaine dernière et amendé d'une mention à la demande de Christophe André, élu beaucairois d'opposition, renvoyant à la nécessité de la décarbonation et des échanges avec l'État. "S'il veut bien nous entendre", commente le président de la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence (CCBTA).

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Les échanges, justement, ont été bien plus longs et fournis en toute fin de ce conseil communautaire, lorsque les élus ont eu à se prononcer sur la déclaration d'utilité publique du projet d'un port de plaisance à Fourques. Un projet de plus de 40 ans dessiné sur dix hectares, dont un dédié à la biodiversité, en bordure du Petit Rhône, à gauche du pont suspendu (dans le sens Fourques-Arles). 314 anneaux pour des bateaux de 7 à 20 mètres - avec la possibilité d’accueillir ponctuellement quatre unités de grande plaisance jusqu’à 30 mètres -  ainsi que huit pontons en aluminium, une passe d’entrée de 27 mètres de large reliée au Petit Rhône, un dispositif mécanique limitant l’envasement etc, sont prévus.

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C'est Nadine Castellani, élue de la majorité à Fourques, qui a lancé les débats, pointant plusieurs interrogations. "Il y a peu d'éléments nouveaux apportés sur la viabilité économique du projet, nous ne disposons toujours pas d'un compte d'exploitation prévisionnel qui permettrait d'apprécier la pérennité financière du port, les retombées en matière d'emplois sont également floues", a-t-elle énuméré.

Nadine Castellani, élue communautaire et municipale de la majorité à Fourques. • S.Ma

Quant aux déblais issus du creusement du bassin portuaire, estimés à environ 560 000 m³, la CCBTA sous l'ère de Juan Martinez prévoyait de les stocker sur le territoire communal avant d’être réutilisés pour les travaux de confortement des digues dans le cadre du "Plan Rhône". "Cette affirmation mérite d'être clarifiée, a-t-elle lâché, en référence au bras de fer qui oppose actuellement le Syndicat mixte d’aménagement des digues du Rhône et de la mer (Symadrem) aux services de l'État concernant le "Plan Rhône", sèchement raboté.

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Plusieurs questions en suspens

L'élue fourquésienne regrette également "que la question de la circulation des poids-lourds pour transporter les déblais et de ses conséquences sur la voirie locale ne soit que peu abordée". "Quel sera le coût de remise en état de nos chemins de campagne, a-t-elle ajouté, et qui l'assumera ?" Enfin, Nadine Castellani souhaite "davantage de transparence sur le financement" de ce projet. "Je ne suis pas opposée par principe à ce projet, Monsieur Fouque (maire de Fourques, absent lors du conseil communautaire, NDLR) ne l'est pas non plus, mais avant de déclarer son utilité publique, il me semble indispensable que ces questions trouvent des réponses précises et vérifiables." Par ailleurs, la municipalité envisage de lancer un référendum pour sonder l'adhésion ou non de la population au projet.

D'autres mains se sont alors levées dans l'assemblée. Luc Perrin, élu d'opposition à Beaucaire, estime lui aussi qu'il est prématuré de voter une déclaration d'utilité publique à ce stade, "devant toutes les incertitudes qu'il y a sur ce projet". Pour Christophe André, ce dossier "devrait être porté par un privé" et non par la communauté de communes. "C'est le port d'Arles qu'on va réaliser parce que naturellement la population touristique s'orientera vers Arles.* Est-ce que ce n'est pas beaucoup de budget consacré à la création d'un nouveau port quand ceux de Beaucaire, Bellegarde et Vallabrègues nécessitent des investissements importants dans la durée ?", a-t-il soulevé.

Myriam Nesti, élue communautaire et municipale d'opposition à Fourques.  • S.Ma

N'en jetez plus ! Agacée, Myriam Nesti, élue de la précédente majorité à Fourques, dans les rangs de Gilles Dumas, a rappelé qu'un avis favorable a été rendu à l'issue de l'enquête publique. Document dans lequel le maître d'ouvrage répond aux observations formulées par le public. Selon les estimations, le port pourrait générer 8,6 emplois directs, auxquels s’ajouteraient des emplois indirects liés aux activités fluviales, touristiques et de loisirs. Les retombées économiques annuelles, incluant le cyclotourisme, la randonnée, la fréquentation de la ViaRhôna ou encore la restauration à proximité, sont évaluées entre 4 et 5 M€ par an.

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Deux réserves techniques avaient toutefois été émises par le commissaire enquêteur : faire une étude économique et commerciale complémentaire afin de garantir la pertinence de l’engagement de ces fonds publics, trouver une solution alternative au cas où le projet de réutilisation des déblais par le Symadrem pour consolider les digues du Rhône ne serait pas retenu. "Je ne comprends pas toutes ces questions puisqu'on en a parlé, on a fait beaucoup de réunions, je trouve dommage de faire capoter un tel projet. Je suis vraiment atterrée par votre attitude", a lancé Myriam Nesti aux précédents intervenants.

"On pourra tout arrêter quand on le souhaite"

Nelson Chaudon est lui aussi revenu sur les déblais : "si les digues ne se font pas, c'est un sacré poste, on parle de plusieurs millions d'euros ou peut-être une dizaine de millions d'euros." Toutefois, il a proposé aux élus de considérer la déclaration d'utilité publique comme une étape supplémentaire dans l'instruction du dossier, sans pour autant engager définitivement la collectivité.

"Aujourd'hui, il y a de vraies questions qui se posent, a poursuivi le président de la CCBTA. Deux options sont possibles. Est-ce qu'on a la certitude de ne pas vouloir ce projet ? À ce moment-là, il nous suffit de voter contre. Ou est-ce qu'on se dit que ce projet peut-être potentiellement, même à 5 ou 10 %, valable et à ce moment-là, on ne se ferme pas la porte sur la DUP. Et même si le préfet (du Gard, NDLR) la validait, notre rôle sera, selon l'avancée des études et des réponses apportées aux interrogations de Madame Castellani, Monsieur Perrin et Monsieur André, de pouvoir faire marche arrière ou non. On pourra tout arrêter quand on le souhaite."

Nelson Chaudon, président de la CCBTA. • S.Ma

La délibération portant sur la déclaration d'utilité publique du port de plaisance de Fourques a été adoptée à l'unanimité, avec les abstentions de Nadine Castellani , Alain Fouque et Christophe André. Les élus espèrent notamment obtenir davantage de visibilité sur l'avenir des travaux de protection contre les inondations. Un sujet qui pourrait connaître un nouvel épisode dans les prochaines semaines. Le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, doit en effet rencontrer Pierre Raviol, président du Symadrem, le 26 juin prochain.

*À noter qu'à Arles, un projet de port est également en réflexion depuis plusieurs décennies. Relancé par Patrick de Carolis lors de la dernière campagne municipale, il demeure toutefois "moins avancé que celui de Fourques", selon Pierre Raviol.

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