S’il y avait un bingo des violences psychiques et physiques faites à une femme, Timothée en serait le créateur. Insultes, privation de déplacements, retrait de moyens de paiement, contrôle des tenues vestimentaires, voire de l’épilation ou encore suivi des moindres déplacements, cette jeune femme a subi tous les sévices lors de sa relation avec le prévenu. Le 30 janvier dernier, c’en est assez, la victime évoque une éventuelle séparation de ce couple formé en 2019. Les violences reprennent de plus belle. Depuis 2021, elle dénonce avoir subi des violences physiques comme des cheveux tirés, des jets d’objets en tout genre à l’image d’un briquet ou de cigarettes allumées ou encore des coups de tête. « J’avoue, je lui ai jeté dessus, mais c’est une femme qui marque très vite », se défend le prévenu.
Pourtant, la violence ne s’est pas limitée aux stigmates sur son corps, en témoigne la jeune femme, en larmes dans la salle d’audience. Timothée lui aurait également fait subir des pressions psychologiques, notamment en l’insultant de « pute » ou encore de « salope infidèle », selon la sœur de la victime, entendue par les enquêteurs. Des insultes en grande partie liées à la jalousie maladive du prévenu. Une jalousie qui a conduit la jeune femme à s’isoler de sa famille, de ses amis et de ses loisirs, comme la danse. « Dans son nouveau cours de danse, il y a des garçons, pas que des filles », explique Timothée soulignant qu’il semble évident d’être jaloux en pareilles circonstances. Outre cet isolement, la jeune femme fait attention à sa manière de s’habiller et limite le maquillage, par peur de ses réactions violentes, exacerbées par la consommation de stupéfiants.
« Je l’aime »
« Vous baissiez sa culotte pour vérifier si elle était épilée », souligne la présidente, avant d’expliquer que cette manœuvre viserait à savoir si elle se fait belle pour d’autres hommes. Une explication que le tribunal, présidé par Mathilde Pages, peine à entendre d’autant que ce manège se serait reproduit alors que la jeune femme allait voir sa sœur. « Si elle s’était épilé la chatte ce soir-là, comme vous dites, c’était pour coucher avec sa sœur ? », s’interroge la présidente avec ironie. Submergée d’émotion, la jeune femme n’a pas pu détailler son calvaire à la barre. Incité à réagir sur l’état dans lequel se trouve son ex-compagne, le prévenu répond : « Ça me déchire, je l’aime », tout en expliquant qu’elle est hystérique et pique des colères dans lesquelles « elle crie et tape partout ».
« Je suis ahuri que des personnes comme lui existent encore au XXIe siècle », s’indigne Philip Ughetto-Porteglio, procureur de la République. À l’occasion de son réquisitoire, le représentant du ministère public a alors requis un an d’emprisonnement à l’encontre de Timothée, avec mandat de dépôt, « sinon, on ouvre la porte à de nouveaux faits », termine-t-il. Des réquisitions prenant donc en compte les antécédents de l’homme de 38 ans, ayant déjà été confronté à la justice pour des faits de harcèlement et de menaces de mort sur sa fille de 13 ans. Le prévenu, défendu par maître Isabelle Viremouneix-Graffin, a été relaxé pour les faits d’envoi de messages malveillants, mais déclaré coupable de violences réitérées sur conjoint. Le tribunal l’a condamné à 18 mois d’emprisonnement, dont 6 assortis d’un sursis probatoire. Un mandat de dépôt a été décerné à son encontre. Il va donc devoir passer un an en prison, puis devra obligatoirement se soigner et travailler. Il aura interdiction de rentrer en contact avec la victime ou de se présenter chez elle. « Le tribunal n’est pas persuadé qu’une remise en question existe chez vous », conclut Mathilde Pages.