Publié il y a 2 h - Mise à jour le 06.03.2026 - Rose Macauley - 4 min  - vu 116 fois

AU PALAIS À la maison d’arrêt de Nîmes, les stupéfiants sont livrés par drone

C'est dans le quartier des femmes de la maison d'arrêt de Nîmes que le trafic à été organisé.

- DR

À la maison d’arrêt de Nîmes, la livraison à vélo est désuète. Les trafiquants de stupéfiants passent par les airs. Trois prévenus comparaissaient ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Nîmes.

Trois prévenus comparaissaient ce mercredi sur renvoi, devant le tribunal correctionnel de Nîmes, à l’occasion d’une audience de comparution immédiate. La raison de leur présence dans le box ? Un trafic de stupéfiants, mais pas des moindres. Le dossier qui touche la barre du tribunal concerne des livraisons de produits stupéfiants à l’intérieur même du quartier des femmes de la maison d’arrêt de Nîmes. Au cours de l’année 2025, Naomie et Laurence, deux femmes incarcérées, et Abdallah, un homme libre au moment des faits, auraient organisé un réseau de trafic de stupéfiants au moyen de colis envoyés par drones, par-delà des murs de la maison d’arrêt.

« Je prenais les commandes et puis voilà », explique péniblement Abdallah. Chargé de récupérer les commandes des prisonnières auprès de Laurence et de Naomie, l’homme surnommé « le J », confectionne ensuite les colis. Il décrit ensuite qu’il confie ces ballots à un droneur non identifié, chargé des livraisons. Interrogé sur la fréquence de ces envois de marchandises illicites, il reste très évasif : « Je le faisais au besoin. » Quant à l’organisation à l’intérieur de la maison d’arrêt, il répond : « Ce qui se passe dans la prison, ça ne me regarde pas. » Les deux femmes, soupçonnées d’être à la tête du quartier femme de la maison d’arrêt de Nîmes, s’occupent de redistribuer la marchandise aux détenues et s’assurent de leur bon paiement. « Je fais attention à ce qui rentre », explique Laurence, qui s'octroie le rôle de vérifier le contenu des colis. L’objectif affiché : éviter que des couteaux n’entrent en détention.

Un foulard agité

Depuis l’intérieur du centre de détention, l’une des deux femmes s’occupe d’agiter un morceau de tissu pour guider le droneur lors de ses livraisons. Une organisation bien rodée, mais qui a pris fin grâce aux signalements portés à l’encontre d’Abdallah. La maison d’arrêt ne serait en réalité pas son seul terrain de jeu. Titulaire d’un compte explicitement dédié à la vente de stupéfiants sur Snapchat, il s’adonnerait à des livraisons très régulières sur le secteur de Nîmes. Interrogée, l’une de ses clientes l’a renommé « Uber » dans ses contacts et dit recevoir très régulièrement ses livraisons. Des écoutes ont ensuite pu faire la lumière sur l’implication de l’homme d’une vingtaine d’années dans le trafic en prison.

« Je ne vois pas ça comme du commerce, mais de l’aide », explique le prévenu, soutenant qu’il était simplement une nourrice « payée en consommation ». L’aide qu’il décrit viserait à améliorer les conditions de vie de ses deux amies détenues, n’ayant pas accès au travail pour occuper leurs longues journées. Des conditions de vie difficiles que Laurence utilise pour expliquer le développement de ce commerce interne parallèle. « J’ai fait ça pour survivre en maison d’arrêt. J’allais pas me laisser crever la gueule ouverte », lance la femme de 42 ans, surnommée « Yaya », par ses pairs. Naomie, « Nana » en détention, réfute être la cheffe du quartier femme : « Je suis une détenue comme les autres », explique-t-elle, sans toutefois rejeter sa responsabilité dans le trafic organisé en détention.

14 mentions à 22 ans

Nombreuses sont les conversations entre Abdallah et les deux femmes détenues. Certaines font explicitement référence au trafic. Plusieurs échanges font même état de la volonté de Naomi, notamment, de se former au dronage pour développer l’activité de livraison « dans d’autres prisons du sud ». Un projet de réinsertion contestable pour une jeune femme accessible à la libération au début de ce mois de mars, mais ce, avant son déferrement pour trafic de stupéfiants. Âgée de seulement 22 ans, la jeune détenue cumule déjà 14 mentions sur son casier judiciaire, dont de nombreux délits routiers et faits de violences, lui valant d’en être à sa sixième incarcération. Laurence, détenue depuis 3 ans dans le cadre d’une affaire criminelle, est défavorablement connue pour violences et proxénétisme aggravé, concernant des victimes d’une particulière vulnérabilité. Abdallah détient également un casier chargé, notamment de faits de violences et de menaces.

« On a des nourrices, on a des guetteurs, mais jamais de trafiquants », ironise Jean-Luc Vasserot, procureur de la République, avant de demander la requalification des faits en association de malfaiteurs. Il requiert alors 4 ans d’emprisonnement dont 1 an de sursis probatoire à l’encontre de Naomie, pour qui, selon lui, « la violation de la règle est le quotidien ». Quatre ans, dont deux avec sursis probatoire, ont été demandés pour Laurence, le Ministère public la décrivant comme ayant eu un rôle moins important dans ce trafic. Concernant Abdallah, décrit par le procureur comme étant la tête de cette organisation malfaisante, 7 ans d’emprisonnement ferme sont requis, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français, le prévenu étant de nationalité algérienne.

Des périodes de prévention floues

Agissant de concert, les trois avocates de la défense sont revenues sur l’inexactitude des périodes de prévention dans cette affaire. Le tribunal fait état de livraisons ayant débuté en avril 2025. Date à laquelle Laurence est incarcérée à Toulouse et non à Nîmes. « Ça sort du chapeau », lance maître Marine Santimaria, intervenant pour Naomie. « On ne peut pas tout leur mettre sur le dos », ajoute maître Chrystèle Georges, avocate de Laurence. Elle profite alors de sa plaidoirie pour revenir sur les conditions de détention de ces femmes : « Elle troque du café et des vêtements », dit-elle face au tribunal. Quant à la casquette de chef de réseau accolée à Abdallah, maître Georges répond : « Il fait ça à crédit tout le temps. » Un comportement peu commun pour des chefs de réseau. En accord avec ses consœurs, maître Camille Proix, intervenant pour Abdallah, demande la relaxe pour association de malfaiteurs. Pointant que son client est en situation régulière et a vécu en France depuis ses deux ans, elle réclame également une condamnation sans interdiction du territoire français.

À l’issue des délibérations, le tribunal en formation collégiale, présidé par Édouard Le Jan, a relaxé les trois prévenus pour l’association de malfaiteurs. Les deux femmes détenues ont été relaxées sur les périodes de prévention allant d’avril à novembre et pour le chef de transport de stupéfiants. Les trois prévenus ont été condamnés pour le surplus. Abdallah a écopé de 7 ans d’emprisonnement. Laurence, de 4 ans, dont deux années assorties d’un sursis probatoire. Naomie a également été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, mais cette fois assortis d’un sursis probatoire d’une seule année. Le tribunal a donc suivi les réquisitions du ministère public. Les trois prévenus dorment en détention, à ce jour, pour ces faits.

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