Longtemps, l’écran qui affiche les résultats dans le hall de la mairie n’en présentera que des partiels, la faute à un bureau retardataire sur les 12 que compte Bagnols. Mais la tendance était d’ores et déjà lourde, et elle aura été confirmée à la publication des résultats complets, peu avant 21 heures : Pascale Bordes est en ballottage très favorable, et avec elle, le RN peut plus que jamais ambitionner de prendre la troisième ville du Gard.
« Je m’attendais à un très bon score mais peut-être pas à ce point »
Il faut dire qu’avant ces municipales, il y avait eu d’autres élections qui mettaient le RN devant à Bagnols, notamment les deux dernières législatives, en 2022 puis en 2024 suite à la dissolution, remportées par Pascale Bordes. L’avocate bagnolaise, qui a fait campagne sur la sécurité et la revitalisation commerciale, pouvait donc nourrir de grandes ambitions pour ces municipales. Et elle sort haut, très haut, avec 44,26 % des suffrages, soit 3 109 voix. « Je suis ravie de ce score qui me surprend, je m’attendais à un très bon score mais peut-être pas à ce point », réagit-elle à notre micro.
L’illustration, selon elle d’une ville « qui veut du changement », même si la candidate du Rassemblement national dit rester « un peu sur (sa) faim sur le taux de participation pas extraordinaire (55,24 %, ndlr) ». Reste qu’avec 3 109 voix, elle devance très largement le maire sortant Jean-Yves Chapelet (divers centre) et ses 1 282 suffrages. Maire sortant qui a réagi par un simple communiqué dans la soirée, un communiqué qui montre qu’il veut encore y croire : « Oui, le Rassemblement national a rassemblé 3 109 voix. Cependant, rien n’est perdu ! Nous tous, ensemble, avons rassemblé 3 916 voix », écrit l’édile.
Chapelet veut « rassembler », Jackel « attend les appels »
Qui estime que le RN a « réussi le tour de force de nationaliser les élections municipales », avant de lancer que « nous pouvons perdre, oui, mais laisser les clés de la ville à un parti, non. » Jean-Yves Chapelet appelle à l’unité : « Bagnols ne fait pas exception parmi les villes moyennes de France, mais elle sera l’exception au second tour. Voilà pourquoi je veux rassembler, où que vous vous trouviez, et vous appeler à vous unir à nous pour le progrès et l’avenir. Quelles que soient nos vies, quelles que soient nos batailles, soyons fiers d’être Bagnolais. Voilà ce que je vous propose dès à présent pour le second tour. »
On verra si les électeurs entendent son appel, en attendant il y en a un autre qui attend des appels, c’est Jérôme Jackel (divers gauche) qui, avec 15,93 % des voix, créé la surprise à la troisième place. « Notre liste est la pierre angulaire de cette élection », décrète-t-il, avant de dire maintenant « attendre les appels de Michel Cegelski et de Philippe Broche pour voir ce qu’ils peuvent proposer, et peut-être aussi de la mairie actuelle. » Car, souligne-t-il, « si on additionne les quatre (candidats hors RN, ndlr) on dépasse Pascale Bordes », tout en affirmant que si aucun terrain d’entente n’est trouvé entre les quatre listes, « on se maintiendra. » Comprendre s’il n’est pas tête d’une grande liste réunissant la sienne et celles de Philippe Broche et de Michel Cegielski, « trois listes de sensibilités de gauche, c’est comme si on avait gagné la primaire. »
Broche vers « un maintien ou un retrait pur et simple »
Du côté de Philippe Broche, quatrième avec 14,43 % des voix, on essaie de garder le positif de cette soirée : « c’est une vraie satisfaction, ce score nous permet d’envisager le second tour », lance-t-il. Lui aussi voit dans les résultats de ce premier tour « un besoin de changement traduit dans les urnes, dont le RN a bénéficié », et « un désaveu profond pour le maire sortant, une défaite cinglante pour lui qui m’interpelle. » Quant à la suite, Philippe Broche compte « prendre le temps de la réflexion », et annonce une réunion demain avec ses colistiers « pour décider du maintien ou du retrait pur et simple, j’ai choisi mes colistiers, je ne me vois pas travailler avec d’autres personnes, mais si mes colistiers me demandent de regarder, d’étudier la situation, on la regardera. »
Dernier ce soir et pas en mesure de se maintenir avec 7,13 % des voix, Michel Cegielski admet qu’il s’attendait « à un score meilleur », et trouve que « ce qui est dommage, c’est l’abstention. Quant au score du RN, c’est un ras-le-bol entre le national, les crises, avec un report sur les municipales. » Et le candidat défait de se demander « comment on peut donner sa confiance à une personne qui n’est pratiquement jamais venue à un conseil municipal ou communautaire et qu’on n’entend pas à l’Assemblée nationale ? Je me demande si ce n’est pas une confiance aveugle. »
Quant à la suite, Michel Cegielski affirme que « la décision n’est pas encore prise, on va regarder ce que font les uns et les autres, et demain matin, on se positionnera », avec une certitude pour lui : « les 7 %, je ne vais pas les donner au RN. » À ce stade, un bien incertain front républicain semble être la dernière chance, maigre, de battre le parti d’extrême droite. « Peut-être qu’on verra les castors ressortir pour faire un pseudo-barrage républicain », grince Pascale Bordes, avant de rappeler : « j’ai gagné mes deux élections législatives face à ces pseudo-barrages républicains. »