Publié il y a 1 h - Mise à jour le 25.04.2026 - Norman Jardin - 5 min  - vu 176 fois

FAIT DU JOUR Nîmes Olympique : Alpha Kubota, plus fort que les préjugés

Alpha Kubota se plonge dans "Good to great" de Jim Collins.

- Photo : Norman Jardin.

Alors que Nîmes Olympique accueille l’AS Cannes ce soir (18h) pour le choc dans la course à la montée en Ligue 3, Alpha Kubota, le Crocodile aux multiples racines, savoure l’instant présent après avoir fait face au racisme dans son enfance.

L’amour ne connaît pas de frontières et il n’a que faire des préjugés. Le Crocodile Alpha Kubota en est une des plus parfaites illustrations. Il est le fruit de l’union de deux cultures, deux continents très différents que tout séparent. Tout commence à la fin des années 1980, quand Yayoi décide de faire don de sa personne à ceux qui souffrent. La jeune Japonaise s’engage alors dans l’organisation humanitaire « Médecins sans frontières ». La jeune femme débarque en Afrique pour soutenir les malheureux malgré les dangers de certains territoires comme en Somalie où, sur un terrain de guerre, elle a failli mourir. Puis c’est lors d’une mission en Sierra Leone qu’elle fait la rencontre d'un étudiant nommé Ibrahim. C’est le coup de foudre, le couple est heureux, mais il y a un mais.

Alpha entouré de ses parents Yayoi et Ibrahim. • Collection privée AK

Aucune des deux familles n’est prête à accepter cet idylle. Les cultures de chacun ne sont pas enclines à tolérer celui ou celle qui vient de très loin. « C’était la guerre », explique le Crocodile. Yayoi et Ibrahim n’en ont cure et ils tiennent bon. Alors pour vivre leur histoire d’amour, ils s’exilent deux ans en Thaïlande avant de rentrer dans le pays du Soleil levant. Les idées reçues ont la vie dure, mais c’est l’arrivée d’un bébé nommé Alpha qui va mettre tout le monde d’accord. Hiromi, le grand-père nippon craque devant la bouille de son petit-fils et voilà les portes qui s’ouvrent. « Mon grand-père maternel, c’était une personne spéciale et originale. Il avait un esprit ouvert. » Le couple et l’enfant sont petit à petit acceptés dans leurs familles respectives mais les préjugés sont toujours intacts dans la société japonaise du début des années 2000.

« Rentre chez toi, tu ressembles à du caca ! J'ai gardé ça pour moi  »

Jeune joueur de football, Alpha Kubota encaisse les propos racistes : « Dans la rue, les gens disaient de ne pas me regarder. Au bord du terrain j'entendais : « Rentre chez toi, tu n’es pas chez toi ici, tu ressembles à du caca ! C’était très violent. J’aurais pu jouer dans des grands clubs au Japon, mais en raison du racisme que j’ai subi, je ne voulais pas trop m’exposer. Mes parents n’ont pas compris pourquoi j'étais timide sur le terrain. Je ne leur disais jamais qu'on m'insultait parce que je ne voulais pas que ça les touche. J'ai gardé ça pour moi ! ». Alors, et même s’il rencontre des bonnes personnes, l’adolescent veut partir pour voir si la tolérance existe ailleurs. Des racines en Asie, en Afrique et de la famille en France. C'est donc dans l'Hexagone qu'il trouve une porte de sortie, encouragé par ses parents à tenter sa chance.

Alpha Kubota, jeune footballeur au Japon. • Collection privée AK

Après une semaine en stage d’été au FC Nantes (à 10 ans) et un passage aux Girondins de Bordeaux (à 17 ans), c’est en région parisienne qu’Alpha débute vraiment sa carrière de footballeur. Il joue à Drancy (en CFA) et apprend le français guidé par son cousin, le freestyler Iya Traoré, passé par le PSG, et qui a un réseau dans le football. « J’ai vu des gens qui me ressemblent et je me suis senti chez moi. Mais j’avais passé mes 18 premières années au Japon et je ne parlais pas un mot de français. Pour moi, le plus dur était d’apprendre le masculin et le féminin ». Mais surtout, le joueur nîmois constate qu'en France, les couples de différentes cultures sont beaucoup mieux acceptés qu’au Japon.

« Quand j’étais à Saint-Priest, je voulais déjà venir à Nîmes »

Le jeune homme apprécie son pays d’adoption et entame un parcours qui le mène de Sedan à Montceau-les-Mines en passant par Saint-Priest, Louhans-Cuiseaux, Furiani et Épinal. Ce ne sont pas vraiment les destinations les plus touristiques, mais Alpha apprend à chaque expérience et il se souvient qu’il a été proche de signer à Lorient en Ligue 2. Puis, il atterrit dans le Sud quand Hakim Malek, alors entraîneur, le recrute à l’Olympique d’Alès en Cévennes. « J’avais signé pour jouer en N2 mais le club a été relégué en N3. C’est un club historique avec un bon public, mais je ne voulais pas rester dans cette division. » Une saison à l’OAC, et c’est un Nîmes Olympique qui se reconstruit en urgence lors de l’été 2025 qui vient le chercher. 

Alpha prépare son plat signature, le Gapao Rice.  • Photo : Norman Jardin.

« Quand j’étais à Saint-Priest, je voulais déjà venir à Nîmes. » Pour autant, jouer en France ne protège pas de la bêtise et le Japonais en fait l’amère expérience : « L’année dernière, lors d’un match avec Alès contre les Corses de Sud FC, mon coéquipier Baana Jaba a reçu des insultes racistes. Ça m'a touché énormément. » En dehors des entraînements et des matchs de Nîmes Olympique, Alpha n’a pas le temps de s’ennuyer. Il se plonge dans les livres pour réviser en vue d’un examen de la FIFA. Le jeune homme qui parle couramment le japonais, le français et l'anglais, aimerait devenir agent de footballeurs et faciliter la venue de joueurs japonais en Europe. Puis, il a passé un diplôme d’accompagnateur en nutrition sportive.

« Je ne m’attendais pas à ce que les gens me reconnaissent même au Super U de Beauvoisin »

« Je suis quelques personnes pour les conseiller et j'ai envoyé des programmes à certains de mes coéquipiers. » Le Crocodile jouit déjà d’une petite notoriété : « Je ne m’attendais pas à ce que les gens me reconnaissent même au Super U de Beauvoisin. » Alpha Kubota cultive ses racines et il les revendique : « Mon côté japonais ressort quand je pars en voyage. Je ne veux rien laisser au hasard et je travaille beaucoup. Quant à mon côté africain, il se retrouve dans le fait que j’ai la joie de vivre, j’aime parler et danser. » Le numéro 7 de Nîmes Olympique excelle aussi derrière les fourneaux et sa spécialité est le Gapao Rice, un plat préparé à base de riz, de poivron, d’oignon, d’ail et d’œuf. Il tempère tout de même, « rien n'égale la cuisine de ma mère ».

Alpha et Zilfa en tenue traditionnelle japonaise.   • Collection privée AK

L’année 2026 pourrait bien être celle de tous les bonheurs pour Alpha, puisque sa compagne Zilfa, d’origine guinéenne, vient de donner le jour à la petite Zaphira Miyu, née le 9 mars dernier. « C’est un évènement unique dans la vie. Ce bébé est aussi un sacré mélange. » Avec tout cela, l’ancien Alésien vit sa plus belle saison à Nîmes : « C’est comme si c’était écrit ». Onze ans après son arrivée dans l'Hexagone, Alpha Sawaneh Kubota n’est plus tout à fait la même personne. Il profite de cette nouvelle vie faite de joie et de petits plaisirs, comme une belle revanche sur les imbéciles qui l'insultaient en raison de sa couleur de peau. L’aventure peut être encore plus belle avec une montée en Ligue 3 sous le maillot Nîmes Olympique. Au Super U de Beauvoisin, on n'attend que cela !

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