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CHUSCLAN L’abaissement du seuil sur la Cèze fait débat

Mardi soir, lors de la réunion publique à Chusclan (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Mardi soir, lors de la réunion publique à Chusclan (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Une réunion publique sur les travaux à venir sur le seuil de Villeméjeanne, à Chusclan, se tenait mardi soir à la salle Louis-Chinieu. Un projet de restauration de la continuité écologique de la rivière qui soulève de nombreuses inquiétudes. 

Le seuil, qui retient l’eau sur trois kilomètres, permet de sécuriser l’alimentation en eau du village. Alors l’abaissement de 50 centimètres de l’ouvrage, qui mesure 2,30 mètres de hauteur, est un sujet sensible. Il s’agit de permettre à trois poissons migrateurs de remonter le cours d’eau. 

« Le seuil de Chusclan est un obstacle au passage de trois poissons migrateurs, l’anguille européenne, la lamproie marine et l’alose de Méditerranée », rappelle le maire Pascal Peyrière. Les enjeux de biodiversité sont importants : l’anguille européenne se reproduit en mer, mais ses larves remontent les rivières. La surpèche et les barrages ont causé un effondrement du nombre d’anguilles au cours des trente dernières années. 

La lamproie marine se reproduit quant à elle dans les rivières avant de repartir en mer, comme l’alose de Méditerranée. Une espèce endémique dont la population commence à remonter grâce aux actions comme celle menée prochainement à Chusclan, qui doivent lui permettre d’atteindre ses zones de reproduction jusqu’à l’obstacle naturel des cascades du Sautadet, à 14 kilomètres de là. 

La préfecture a mis la commune en demeure d’effectuer les travaux, désormais portés par l’Agglomération. Face à cette situation, trois solutions, que rappelle le maire : « Ne pas toucher au seuil mais créer une dérivation, araser 100 % du seuil, mais cela créerait un problème pour l’alimentation en eau du village, et abaisser le seuil et créer une passe à poissons. » 

C’est cette troisième option qui a été retenue. « C’est le meilleur compromis », affirme Vincent Marty de l’Office français de la biodiversité. Un compromis entre les subventions, 80 % des 750 000 euros hors taxes nécessaires, l’alimentation en eau et la protection de la biodiversité. Seulement, certains sont sceptiques : « En abaissant le seuil, vous allez créer une zone aride, c’est inadmissible », entend-t-on dans la salle. 

« Vous vous occupez plus des poissons que des hommes »

Anthony Laurent, du syndicat d’aménagement du bassin versant ABCèze, répond que la question avait fait l’objet « d’investigations compliquées, nous avons l’agrément qui assure qu’il n’y aura pas de problème pour l’alimentation en eau potable. » « Les services de l’État ont beaucoup d’exigences », poursuit Siegfried Clouseau, responsable de l’unité milieux aquatiques et ressources en eau à la Direction départementale des territoires et de la mer. 

Le représentant des services de l’État martèle que « pour nous, l’usage prioritaire est l’alimentation en eau potable. » « Vous aurez toujours un plan d’eau », ajoute Vincent Marty. Pas de quoi rassurer l’ancien premier adjoint du village, Bernard Charmasson : « Les humains sont plus importants pour moi que les poissons, et avec les sécheresses qu’il y a, ça va être de pire en pire. » Il lui est alors répondu que la nappe alluviale, dans laquelle est puisée l’eau du village, verra son niveau maintenu. 

« Vous vous occupez plus des poissons que des hommes », lance l’assistance. « Il s’agit d’un équilibre entre les usages pour le bon fonctionnement de la rivière, car derrière ce sont aussi les hommes qui sont impactés », affirme Vincent Marty. Sur la forme, certains regrettent que le projet n’ait pas fait l’objet d’une enquête publique. « L’enquête publique n’était pas obligatoire, elle n’a pas été faite », souligne Siegfried Clouseau. Au vu de la teneur des débats, elle aurait probablement été utile. 

Car la salle a eu l’impression de subir « un passage en force », avec des travaux commençant dès la semaine prochaine, pour un mois, d’abord pour abaisser le seuil, avant l’année prochaine de créer la passe à poissons. Et outre cet aspect, les échanges ont permis de rappeler que l’enjeu de la ressource en eau devient de plus en plus prégnant, entre les périodes de sécheresse, les communes dont la source s’est tarie, comme Saint-Marcel-de-Careiret, et des vignerons qui poussent pour un projet d’irrigation avec de l’eau du Rhône. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Thierry Allard

34 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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