47 fermetures de classes pour seulement 14 ouvertures*. Telles sont les prévisions pour la carte scolaire gardoise 2026-2027 qui sera dévoilée le jeudi 9 avril par le DASEN (Directeur académique des services de l'Éducation nationale) Christophe Mauny. Une perte de 33 classes qui s'explique par la baisse démographique, avec 1 200 élèves prévus en moins à la rentrée, mais aussi par des moyens manquants.
À Bagnols-sur-Cèze, "l'école de quartier" ne veut pas être "oubliée"
En ce jour de mobilisation générale dans l’Éducation nationale, le mouvement de grève s’intensifie. La colère des professeurs des écoles du groupe scolaire bagnolais Jules-Ferry n’a pas baissé d’un cran. "École de quartier, école oubliée", ont scandé notamment en chœur les manifestants. Ce mardi 31 mars, une trentaine de membres de l’équipe pédagogique, comportant des AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap, NDLR), professeurs et syndicalistes, ont fait grève. Leurs revendications et slogans restent les mêmes devant leurs tableaux, comme derrière leurs pancartes : "Plus de moyens pour l’école" et du "soutien".
Jessica Zeidour, enseignante en CM1 dans cet établissement scolaire, fait partie des militantes : "Avec la FCPE (Fédération des conseils des parents d'élèves, NDLR), on continue le mouvement pour se faire entendre. Nous avons toujours les mêmes problématiques, rien n’est résolu à ce jour, soulève la déléguée syndicale de SNUDI FO 30 (Syndicat national unifié des directeurs, instituteurs et professeurs des écoles de l’enseignement public, NDLR). Le Dasen ne nous a pas reçus. Cette grève, c’est pour lutter en premier lieu contre la révision de la carte scolaire. Si on perd des postes, on augmente les difficultés, au-delà des revendications salariales."
Avant de critiquer la "logique comptable" du Dasen : "Au-dessus d’une moyenne de 24 élèves, on ferme une classe. Alors que nous, nous avons une logique humaine. S'il y a une fermeture de classe, cela impacte directement l’école. Nous devons faire une répartition différente. Cela peut créer des doubles niveaux."
Après près d'une heure de déambulation dans les rues bagnolaises, le cortège s’est arrêté devant le centre d'information et d'orientation. L’entrée est restée close. Le corps enseignant est reparti en sens inverse, en espérant que leur message ait pu être pris en compte par les personnes visées. À noter que la professeure des écoles récemment agressée faisait partie des grévistes qui ont défilé. Deux espoirs les animent : que "l’éducation soit une priorité" et que leurs conditions de travail s’améliorent.
À Nîmes, "une offre culturelle réduite"
Mardi à midi, les enseignants nîmois se sont rassemblés devant la Maison Carrée avant de tenir une conférence de presse intersyndicale dans les locaux de la FSU. Réunissant FSU, STES, SE-Unsa, CFDT Éducation et CGT, cette mobilisation visait à dénoncer les suppressions de postes annoncées dans le cadre de la révision de la carte scolaire, et à alerter plus largement sur la dégradation des conditions de travail dans l'enseignement.
"Comme on n'aura pas de personnel en plus, il faut s'attendre à plus de fermetures encore", prévient une représentante syndicale. La carte scolaire du premier degré ne sera officiellement dévoilée que le 9 avril, mais les syndicats ne se font guère d'illusions. Sur le terrain, la situation est déjà critique : à Marguerittes, des classes de CP sont sans enseignant depuis un mois. L'argument de la baisse démographique avancé par le ministère ne convainc pas : "Quand il y avait une hausse des effectifs, nous avions aussi des suppressions de postes."
Au-delà de la carte scolaire, c'est un tableau bien plus sombre que dressent les syndicats. Arrêts maladie de plus en plus longs, démissions, ruptures conventionnelles en hausse : les signaux d'alarme se multiplient. Les formations se limitent à des visioconférences organisées en soirée, la médecine du travail est quasi inexistante, et les établissements vieillissants n'ont pas été adaptés à un personnel dont l'âge moyen augmente depuis les réformes des retraites successives depuis 2010.
Dans les collèges et lycées, c'est l'offre pédagogique qui s'appauvrit : allemand, musique, arts plastiques, occitan, langues anciennes sont menacés. Les syndicats dénoncent également le financement public de l'enseignement privé au détriment de l'école de la République.
À Alès, "l’éducation est un droit fondamental"
Dans la capitale cévenole, le constat est sans appel : "L’éducation nationale ne va pas bien. La souffrance au travail explose, les décisions ministérielles sont imposées sans concertation et le budget austéritaire menace la mission émancipatrice de l’école. Les AESH, les élèves et les familles en pâtissent", lance la FSU.
Les langues étrangères sont particulièrement concernées par ces problèmes sur le bassin alésien, avec une offre faible. Tout comme l'éducation physique et sportive, qui a perdu 25 titulaires depuis 2018. "L’arrivée d’une dizaine de titulaires sur zone de remplacement ne suffit pas à compenser. On manque d’infrastructures et les existantes sont vieillissantes, voilà l’héritage de Paris 2024...", déplore une enseignante.
La CGT abonde et questionne : "L’éducation n’est pas un privilège, c’est un droit fondamental ! Comment répondre aux besoins de cette jeunesse ? Quel avenir préparons-nous pour nos enfants, quand même les adultes qui les accompagnent ne reçoivent que mépris et inconsidération ?"
De nouvelles mobilisations sont annoncées après la publication officielle de la carte scolaire, si les annonces confirment les craintes du terrain. Une manifestation pour la santé et la dignité des retraités est prévue ce jeudi, 10h30, devant la sous-préfecture d’Alès, et à 14h, sur le parvis des arènes nîmoises.
*Où ouvriront et fermeront des classes dans le Gard en 2026-2027 ?
Fermetures prévues : Nîmes, Gallargues-le-Montueux, Vauvert, Alès, La Grand-Combe, Bagnols, Clarensac, Sommières, Aigues-Mortes, Rochefort-sur-Gard, Bellgarde, Uzès, Roquemaure, Saint-Gilles, Pont-Saint-Esprit et Vergèze
Ouvertures prévues : Quissac, Saint-Geniès-de-Malgoirès et Gallargues
Taux de participation à cette journée de grève dans l'Académie de Montpellier :
À midi, 8,39 % des enseignants ont pris part à cette journée de mobilisation dans l'académie de Montpellier, dont dépend le Gard. Voici le taux par secteur :
- Écoles : 11,6 %
- Collèges : 7,16 %
- Lycées d'enseignement général et technologique : 5,09 %
- Lycées professionnels : 3,35 %