Le lundi matin, l’heure de la corrida de rejon a sonné. De plus, les toros Portugais viendront colorer la journée complète, mais, pour l’instant, tenons-nous-en à ceux du fer de Passanha reconnus pour leur noblesse et leur tempérament.
Ça fait du bien de voir des toros un peu différents pour une corrida de rejon! L’empresa avait tenu à changer de fer, comme souvent, et c’est une réussite. Les exemplaires de Passanha, peu connu mais qui ont tous donné du jeu, peu de vices et des charges souvent vibrantes.
Face à eux, Andy Cartagena. Il a connu de très grandes heures dans cet amphithéâtre arlésien. On peut même dire qu’il a cassé les arènes ! Mais le temps passe et les tauromachies évoluent. Les tendidos demandent du spectacle et Cartagena touche un premier inégal mais encasté. Depuis quelques années on retrouve le cavalier du début des années 2000 et c’est un plaisir de le voir évoluer. Des changements de terrains appropriés, une lidia sérieuse avec des subalternes aux ordres, une vision du rejoneo qui revient aux fondamentaux après s’être un peu perdue dans le spectaculaire. Il n’empêche que le dressage est au centre des débats et que Cartagena maîtrise ses montures en les brusquant rarement, moins qu’avant en tout cas. Silence.
Deuxième duel et second échange musclé entre l’exemplaire de Passanha et le cavalier de Benidorm. Le rejoneador rentabilisera ses efforts. Cartagena marquera les esprits et soulèvera les arènes avec ses quiebros inversés parfaitement exécutés. Dans les meilleurs terrains, le centaure montre qu’il est capable de tact et de douceur autant que de puissance et d’efficience. Un toreo spectaculairement discret qui a plu aux tendidos par sa vérité. Cartagena coupe deux oreilles de poids sur une cavalerie digne du cadre noir de Saumur. Et l’Espagnol aurait même pu couper un rabo car la pétition a fait trembler un palco qui n’a pas cédé.
Léa Vicens est la seule française de la matinée mais le public lui rappelle son affection. Nous sommes le lundi de Pâques et la chasse aux oreilles st lancée ! La Nîmoise ne parviendra pas à suivre son compagnon de cartel sur les épaules des porteurs…. Elle écoutera le silence après sa première prestation. Dans des sitios qu’elle maîtrise, Léa Vicens impose son rythme à un toro qui n’en demande pas moins. C’est sans doute aux banderilles qu’elle se montrera le plus à son avantage mais elle n’attrapera pas les étagères qui étaient l’encourage dès son entrée en piste. Comme souvent, les aciers portent préjudices à la cavalière. Silence.
Malgré une lidia plus chaotique encore, Léa Vicens saluera après son deuxième combat. Son toro de Passanha semble distrait, est difficile à fixer et les subalternes n’aident pas assez la cavalière. La faena a du mal à démarrer et à s’achever, et, entre les deux, pas grand-chose à dire à part des longueurs qui ont fait retomber une mayonnaise qui n’a jamais réellement monté… Léa Vicens ne trouve pas la distance, elle essaie d’embarquer le toro qui ne vient pas toujours où elle veut qu’il aille. Salut.
Enfin, c’est au tour de Guillermo Hermoso de Mendoza de passer devant l’aficion camarguaise bien habituée des cavaliers et de leur art. Il est le fils de son père, c’est un excellent cavalier mais Guillermo Hermoso de Mendoza doit encore faire son chemin, tracer sa propre voie. Le grand Pablo est toujours du voyage, il aide, il bouillonne dans le callejon et parfois il dessert son petit comme ce fut le cas sur cette estocade…. Avant cela, Guillermo a raté son entrée en piste avec deux farpas aléatoires. Les figures dessinées sur le sable rattrapent le coup grâce à un public venu voir du dressage plus que du rejoneo. Un écran de fumée et le trophée tombe du palco qui ne peut l’éviter. Oreille.
Dernier de la matinée et deux oreilles pour Guillermo Hermoso de Mendoza ! Autant dire que l’autre Hermoso de Mendoza a savouré autant que son fils ! Toujours dans le spectaculaire, plus juste que lors de son premier duel, Guillermo Hermoso de Mendoza propose aux étagères ce qu’elles sont venues voir ! Une belle faena qui n’équivaut pas celle de Cartagena par sa technicité et sa précision. Le palco qui avait tombé les deux mouchoirs en même temps ne le fera pas cette fois et laissera les gradins assumer leur choix. Deux oreilles quand même et une sortie en triomphe d’Andy Cartagena et de Guillermo de Mendoza devant deux tiers d’arènes.