Cette corrida d’ouverture devait être placée sous le signe de l’exigence, du talent et de la transmission, et pour cause. Pour la seule temporada 2025, Manzanares compte 32 corridas à son actif pour 37 oreilles coupées. Talavante fait mieux avec 69 corridas et 108 oreilles, enfin, le tout jeune maestro Perez, a toréé 36 corridas et 70 oreilles sont tombées dans son escarcelle !
Autant dire que cette corrida de Garcigrande a surpris les aficionados venus en nombre aux arènes pour cette ouverture de feria… Au final ? Huit toros, dont six de Garcigrande, sont sortis en piste. Des toros sans trop d’intérêt et qui n’ont, donc, offert que peu de possibilités pour les maestros de triompher.
Pourquoi huit ? Le jeune Marco Perez a joué de malchance. Lui, qui portait des medias noirs et un costume jaune, a vu son premier toro invalide dès son entrée en piste. Mouchoir vert. Le diestro met son sixième et rebelote, mouchoir vert avec antérieur droit cassé au moment des piques. Un changement hasardeux, mais bon… Retour à l’ordre de la lidia !
Manazares s’élance en piste. On le sent dans de bonnes dispositions, prêt à toréer comme on aime le voir. Et c’est ce qui se passe lors de ce premier duel. Un toreo de douceur et de volupté, un poignet souple, flexible, sans brusquerie aucune. Il saura même calme le tempérament peu commode de son opposant, notamment à gauche, bref, Manzanares a fait ce qu’il sait faire de mieux, y compris un petit recibir pour conclure une faena plus qu’agréable. Oreille.
Sur son second, l’Alcantino perdra tout à l’épée, enfin à la suite de l’épée. Un temps long, très long, trop long. Mais, avant d’en arriver là, Manzanares a su se lier avec son Garcigrande dans une faena de hauteur, de savoir et de simplicité. Ce genre de moment où tout paraît simple… Simple pour lui ! Sans le montrer le maestro a lidié son toro de la meilleure des manières mais après un nouvel essai avec une mort al recibir, le chronomètre a défilé, les avis sonnés et les tendidos se sont refroidis. Salut, mais quel torero…
Natif de Badajoz, Alejandro Talavante a l’habitude d’Arles et de ses arènes. Remarquez, cela fait des années qu’il y vient et y triomphe sans réellement y marquer les esprits. Là, on aura vu le Talavante que l’on apprécie, le Talavante qui torée le toro avec sa personnalité et son charisme. De plus et cela l’a forcément aidé dans la tâche, il tombe sur le meilleur du lot, celui qui a le moins de tête et qui dont la course est une merveille à regarder. Un Talavante pugnace mais sans vulgarité, poderoso sans étouffer, doux et suaves comme rarement ces cinq dernières années. Hélas, les aciers lui font perdre une très belle oreille.
Le public d’Arles n’est pas ingrat… Les deux pavillons blancs tomberont sur le cinquième, son deuxième de Garcigrande. Le diestro propose de moins belles choses que lors de sa première opposition mais les étagères apprécient et le toro semble se bonifier au fil de la lidia donc... Deux oreilles et un large sourire !
C’est Marco Perez qui se présente dans « ses » arènes. Pourtant, il a pris son alternative chez les voisins nîmois. Ici, son cœur doit battre la chamade car Arles et son aficion sont liées à lui. Et Marco n’aura, finalement, tué aucun Garcigrande ce soir ! C’est un Jose Cruz qui sort des chiqueros. Vous l’aurez compris, la soirée du jeune n’a pas été facile… Dans ces moments où le doute s’installe, chez lui, c’est la jambe qui s’avance. Marco Perez ne fuit pas les complexités des terrains changeants, non, il évolue et rectifie les choses afin qu’elles soient à son goût. Il y arrivera à droite et c’est déjà pas mal après tant d’aventures… Silence.
Pour terminer la course, le sixième sera d’un fer local, celui de Blohorn. Un petit bison, toro dur au mal du marais, un de ceux qui vendent leur cuir excessivement cher… Mais un bravo, comme ceux de chez Blohorn ! Une dualité emplie de gestes techniques et de recours physique mais l’engagement reste le même. Le « petit » grandit sans démériter. Silence.