Arles n'est pas épargnée par les suppressions de classes dans le primaire. À Mouleyrès, Albaron, en centre-ville, à Pont-de-Crau, à Plan-du-Bourg, à Trinquetaille, à la Roquette : sept écoles arlésiennes seraient concernées à la rentrée prochaine. Les parents d'élèves se mobilisent depuis la semaine dernière pour protester contre ce projet de carte scolaire, qui s'explique, selon le Directeur académique des services de l'Éducation nationale (Dasen) "en raison du contexte marqué par la baisse démographique". En voulant rassurer toutefois : "Malgré la baisse des effectifs d'élèves, l'objectif reste bien d’améliorer l’encadrement, de renforcer l’inclusion et de réduire les inégalités territoriales."
Si le Dasen a pour l'instant gelé la fermeture d'une classe à Trinquetaille, la mobilisation se poursuit ailleurs avant la décision qui sera annoncée par l'Académie en fin de semaine. C'était le cas lundi matin, à Albaron, et ce matin à l'école Jean Buon de La Roquette (actuellement 58 élèves pour quatre classes). À l'ouverture des portes, une petite quinzaine de parents d'élèves a occupé (symboliquement) l'école, avant la manifestation des enseignants et des parents prévue à midi devant la sous-préfecture.
Les assurances du Dasen ne convainquent pas les parents. "L'Académie s'appuie sur des chiffres faussés, ceux des préinscriptions. Or à La Roquette, l'école accueille des élèves toute l'année, en particulier des enfants de la communauté gitane", explique Kevin Gregulski, délégué des parents d'élèves. "De plus, l'école est en REP+, avec un dédoublement obligatoire de la grande section. La fermeture d'une classe signifierait que les très petits, les petits et les moyens seraient regroupés dans la même classe, avec un effectif entre 25 et 30. Une classe surchargée pour la maîtresse et l'Atsem. S'ajoutent à cela les particularités de cette école qui scolarise des élèves allophones, des élèves en situation de handicap. Cette fermeture gâcherait les conditions d'apprentissage pour les élèves qui sont en difficulté comme pour les autres".
La déléguée du personnel (Snudi FO) de l'école maternelle Jean-Buon, Sandra Lopez, va dans le même sens. "Les chiffres que l'on fait remonter en novembre ne sont qu'une projection en fonction des inscrits à cette époque, et ne tiennent pas compte des entrées prévisibles. Cette année, il y en a eu 7 sur 19 en moyenne section, 6 sur 21 en grande section. Ce sont pour ces jeunes enfants des premières inscriptions. Nous avons dans notre école besoin de disposer d'effectifs allégés pour les accueillir dans de bonnes conditions. De plus, en cours d'année, on détecte des enfants qui ont besoin d'une prise en charge particulière. Cette carte scolaire, nous la considérons comme un chaos. On nous parle d'impératifs budgétaires, mais de l'argent il y en a. Le gouvernement préfère financer la guerre que l'instruction..."
150 manifestants devant la sous-préfecture
Les professeurs des écoles en grève aujourd'hui se sont retrouvés dans l'heure de midi devant la sous-préfecture d'Arles en compagnie des parents d'élèves et des enfants pour clamer leur mécontentement. Ils étaient environ 150 à protester tandis qu'une délégation était reçue. Une institutrice de l'école élémentaire publique de Graveson met en évidence la dégradation des conditions de travail pour le corps enseignant. "Les besoins de suivi des élèves sont exponentiels, et la baisse des effectifs devrait permettre d'y répondre. Mais le choix qui a été fait ne va pas dans ce sens. Moi, j'ai 21 élèves dans la classe, et un tiers ont des problèmes de comportement ou des difficultés scolaires. Le comportement des enfants et des parents a changé en dix ans. On passe beaucoup trop de temps à faire la police car les élèves manquent de respect. Avant, quand j'ai commencé, enfants, parents, enseignants étaient partenaires, ce n'est plus le cas aujourd'hui. On note de plus en plus de parents démissionnaires, toutes classes sociales confondues. Notre métier n'est plus de faire de l'instruction, mais de l'éducation".
Autre problème évoqué, celui des AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap). "Quand ils sont recrutés, c'est seulement cinq heures par semaine. Il faudrait qu'ils puissent être présents à plein temps. Avec la fermeture prévue, nous aurons 25 élèves dans ma classe, ça va devenir quasiment ingérable. En Italie, il y a un enseignant de plus par classe dès lors qu'un enfant avec un handicap est scolarisé, ce qui est loin d'être le cas en France".
Julien Durand, de FSU Éducation, tient à rappeler que la France, avec une moyenne de 24,5 enfants par classe, fait partie des plus mauvais élèves d'Europe, quand certains pays sont à 16 ou 18 par classe. "Sur Arles, nous allons perdre 9 postes d'enseignants dans le primaire. Patrick de Carolis peut bien aller devant l'école d'Albaron pleurer des larmes de crocodile, dire combien la préservation de la classe est importante, mais son parti politique Horizons vote les suppressions de postes. Il y a là comme un paradoxe".