Dès l’annonce, il y a une quinzaine de jours, du projet de carte scolaire pour 2026-2027, enseignants, parents d’élèves et élus se sont immédiatement mobilisés. Avec neuf fermetures de classes prévues sur le seul territoire d’Arles, c’est un tollé général qui a éclaté. De Mouleyrès à Albaron, en passant par La Roquette, des rassemblements ont été organisés devant les écoles, des pétitions en ligne lancées, et des courriers envoyés en masse aux décideurs. Un rassemblement a même eu lieu devant la sous-préfecture. Le maire, Patrick de Carolis, est intervenu directement auprès du Dasen (Directeur académique des services de l’Éducation nationale).
Cette mobilisation collective a porté ses fruits : deux classes ont été épargnées, celles d’Anaïs Guibert (à Trinquetaille) et de l’école d’Albaron. "Pour autant, le sujet n’est pas clos", souligne le maire, appelant à rester vigilant. Qu'en est-il des sept autres classes menacées?
Cinq fermetures semblent d’ores et déjà actées : à La Claire Fontaine (maternelle), aux Magnanarelles (maternelle), à Émile Loubet (élémentaire), à Pauline-Kergomard (maternelle REP) et aux Alyscamps (maternelle REP+). Deux autres classes, celles des écoles des Mouleyrès et de Jean-Buon à La Roquette, sont dites "en observation". "Les postes y sont gagés en attente des chiffres exacts sur la cohorte de septembre, que nous devons faire remonter", explique Silvère Bastien, adjoint en charge des écoles.
"Sur le seul territoire d'Arles, c'est sans précédent"
À l’école des Mouleyrès, "la situation est très préoccupante", insiste l’élu. "C’est le seul établissement à proximité immédiate de l’école Jules-Vallès, déjà saturée." L’école de Griffeuille, avec 215 places, compte déjà 214 enfants inscrits. "Il y a un vrai travail de fond à faire pour harmoniser cette carte scolaire", ajoute-t-il.
À l’école Jean-Buon, les difficultés sont similaires à celles des Alyscamps : "Ces écoles accueillent des enfants de la population gitane, dont les inscriptions ne respectent pas les délais habituels. Nous en recevons entre mars et mai, voire jusqu’en septembre. Cela fausse les données, et les chiffres de l’académie sont erronés", précise Silvère Bastien. "Nous avons jusqu’à septembre pour transmettre des chiffres plus réalistes."
L’adjoint confie avoir "bon espoir" que ces deux postes seront maintenus. Mais pour la FSU, "dans les faits, ces classes ferment. Les enseignants devront demander une autre affectation", alerte Sandra Lopez, représentante syndicale. "Si les inscriptions arrivent, rouvrira-t-on automatiquement ? Nous restons très sceptiques", confie-t-elle, dénonçant une carte scolaire "dramatique", aussi bien dans les Bouches-du-Rhône qu’à l’échelle nationale.
Des fermetures... et des ouvertures
Silvère Bastien rappelle toutefois "l’ouverture de trois classes" : un dédoublement de maternelle à l’école Marinette-Carletti (Mas-Thibert, REP), une nouvelle classe élémentaire à Amédée-Pichot, et un dédoublement de maternelle à Victoria-Lyles (Trébon, REP). Des bonnes nouvelles, mais qui ne suffisent pas à compenser sept fermetures. "Sur le seul territoire d'Arles, c'est sans précédent", affirme Sandra Lopez.
Le sujet s'est, sans surprise, invité au premier conseil municipal de la mandature, jeudi soir. Les élus arlésiens ont voté à l’unanimité une motion "contre les suppressions de classes et d’emplois à la rentrée 2026", proposée par Jean-Frédéric Dejean (groupe "L’Union pour Arles"). "La fermeture de sept classes entraînera des classes surchargées, des enseignants en difficulté et une dégradation de la qualité de l’enseignement", a-t-il alerté, rappelant que "les effectifs ne sont pas encore stabilisés, et de nouvelles inscriptions peuvent survenir d’ici septembre, rendant ces décisions prématurées."
4 519 élèves : un chiffre sous-estimé ?
Selon les données actuelles du Dasen, 4 519 élèves sont inscrits à Arles pour la rentrée prochaine. "Mais ce chiffre est trompeur, insiste Silvère Bastien. En réalité, il y a au moins une centaine d’élèves en plus."
De son côté, le Dasen des Bouches-du-Rhône informe que "la carte scolaire est un sujet qui mobilise toute (son) attention. Elle vise à garantir une offre éducative de qualité et équitable pour tous les élèves du territoire. C’est un travail rigoureux qui est mené en concertation avec les équipes éducative et les collectivités. Nous sommes actuellement dans une phase d’analyse et d’ajustement."
La décision finale revient désormais au préfet, Jacques Witkowski. Dans un courrier qu'il lui a adressé le 30 mars dernier, Patrick de Carolis a souligné "les spécificités arlésiennes" et l’impossibilité de se limiter à "une lecture strictement arithmétique des effectifs". Le préfet retoquera-t-il la copie ?