Publié il y a 1 h - Mise à jour le 01.04.2026 - Julia Razil - 5 min  - vu 66 fois

FAIT DU SOIR À Arles, capitale mondiale de la photographie, la 57e édition des Rencontres se dévoile

Signée Carlos Idun-Tawiah, cette photo a été choisie pour l'affiche des Rencontres 2026.

- Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again, 2022.

La 57e édition du festival international de la photographie investira toute la ville du 6 juillet au 14 octobre 2026 avec une quarantaine d'expositions. Dévoilée ce mercredi 1er avril à Arles, la programmation sera présentée à Paris dès demain. L'an dernier, les Rencontres avaient enregistré 175 000 visiteurs. 

"Vous n’êtes pas sans savoir ce que l’actualité nous assène chaque jour. Face à cette tentative de simplification, nous avons tenté de créer des espaces pour laisser toute leur place à la complexité, à la sensibilité et à la réflexion. Il ne s'agit pas d'adoucir ce qui se passe à travers le monde, mais il s'agit de donner d'autres voies de lecture", a déclaré Christoph Wiesner ce mercredi, en ouverture de la conférence de presse des Rencontres d’Arles, dont il est le directeur. À ses côtés, son adjointe Aurélie de Lanlay, le maire Patrick de Carolis, Cyril Juglaret, conseiller régional, et Nicole Joulia, vice-présidente du département en charge de la culture.

La conférence de presse des Rencontres 2026. • J.Rz.

Comme le veut la tradition, cette présentation arlésienne précède la conférence de presse parisienne prévue demain. Lors de cette avant-première, l’affiche de la 57e édition a été dévoilée : une photographie signée Carlos Idun-Tawiah. Le photographe ghanéen, également cinéaste, avait été exposé à la galerie Huit à l’été 2023. Son travail puise dans les archives familiales et les images vernaculaires pour recréer des scènes évoquant le plaisir des retrouvailles. Comme une relecture de l'histoire. Idéal pour une édition intituée "Des mondes à relire". "Ce jeune homme sur sa bicyclette nous accompagnera tout l’été", s'est réjoui le directeur des Rencontres.  

Comme chaque année, la programmation des Rencontres de la Photographie d’Arles s’articule autour de chapitres thématiques. Le premier, Indépendances, nous plonge au cœur du continent africain. À l’Archevêché, une exposition commissariée par Damarice Amao, originaire du Ghana et commissaire au Centre Pompidou, revisitera les premières décennies post-indépendance. Partant des clichés de Paul Strand (1963), qui avait saisi l’effervescence intellectuelle du jeune État, elle tisse des liens avec les photographes locaux, dont Carlos Idun-Tawiah. Un projet né d’une bourse de recherche en 2020 et d’un voyage initiatique en décembre 2023, où la commissaire a rencontré ceux qui documentent aujourd’hui cette histoire en mouvement. La Croisière accueillera les images de Paul Kodjo, pionnier du photo-roman, format hybride entre cinéma et photographie. Ses œuvres captant notamment les nuits électrisées d’Abidjan. 

Le Grand Arles Express s'étend à Montpellier

Depuis 2015, les Rencontres proposent des expositions hors des frontières arlésiennes. Ainsi, Marseille, Aix-en-Provence, Nîmes, le village de Maillane, La Celle, Mougins... proposent des expos des Rencontres dans le cadre du Grand Arles Express. Et cette année, ce disposif s'étend encore à Montpellier et à son Pavillon populaire.  

À la chapelle des Trinitaires, Sammy Baloji superposera les strates du passé : l’histoire minière et politique du Congo, convoité après 1960, et les récits intimes de sa famille. Dans l’église Saint-Blaise, Katia Kameli prolongera son Roman algérien en explorant une décennie sombre, où l’effervescence artistique et intellectuelle fut occultée. À travers des collages mêlant archives et clichés personnels, Thato Toelba, photographe originaire d'Afrique du Sud, retracera un siècle de crises (1868-1966), de la colonisation à l’apartheid. Enfin, à l'abbaye de Montmajour, Ayana V. Jackson célèbrera les insurgées, des héroïnes oubliées, révolutionnaires, rebelles, figures anonymes. Ses compositions, entre révolution mexicaine et mythes personnels, redessinent une histoire où les femmes reprennent leur place dans des mises en scène puissantes.

Le deuxième chapitre, Traversées, explore des voyages réels ou imaginaires. On y découvre l’exposition Des images qui ne font pas rêver, un reportage documentaire pour le magazine Stern qui rend hommage au duo Marie-Claude Deffarge et Gordian Troeller, figures majeures du photojournalisme. Dès les années 1950, ils ont sillonné plus de soixante pays pour documenter, avec un engagement sans faille, les injustices sociales et les conflits. Leur travail, mêlant archives visuelles et filmiques, sera à découvrir à la Maison des peintres. 

Autre escapade, plus poétique cette fois, avec Nos rêves lointains, une plongée dans la collection photographique de la Fnac, forte de 1 800 tirages. "C’est l’une des plus grandes collections d’entreprise qui existent", souligne Aurélie de Lanlay. Dans une démarche de "décloisonnement de la photographie", l’écrivaine Nathacha Appanah, lauréate du prix Fémina et du Goncourt des Lycéens, y apporte un récit en résonance avec ces images. Ce volet se complète avec les expositions d’Anne-Lise Broyer (Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ?), d’Orianne Ciantar Olive (Les ruines circulaires), et de Bruno Boudjelal (Goudron : Tanger - Le Cap).

Plus de 160 artistes exposent dans le cadre de "Modèle animal", dont Jean-Baptiste Huynh. • Jean-Baptiste Huynh, Buckley, 1999. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Avec le troisième chapitre, Vies sensibles, les Rencontres 2026 explorent le vivant, entre faune et flore. En préambule aux 200 ans de la photographie -- célébrés de septembre 2026 à septembre 2027 --, l’exposition Modèle animal retrace deux siècles de photographies animales. "Ce qui est passionnant, c’est de voir à quel point les photographes ont été et sont fascinés par le vivant", souligne Christoph Wiesner. "Nos compagnons, sujets d’étude, miroirs… les animaux sont partout avec nous, et plus que jamais dans le champ de la photographie." L’exposition réunit plus de 160 photographes, parmi lesquels Lucien Clergue, Martin Parr et Sophie Calle.

De la faune à la flore, l’exposition La nature d’Edward Steichen marque une première à Arles. "Une chance de pouvoir enfin la présenter", insiste le directeur, qui, comme son prédécesseur, a longtemps œuvré pour faire venir cette production. "Steichen était peintre, photographe et conservateur. C’est lui qui a créé le premier département de photographie au MoMA en 1939, avant tous les autres pays. C’est aussi lui qui a monté la première grande exposition de photos en 1935, en révolutionnant la façon de les présenter." Soixante-dix photographies originales, un film et des archives seront exposés pour révéler la vision de Steichen, botaniste et jardinier passionné.

En écho, Monsieur Steichen de Lisa Oppenheim, Flower Power de Meghann Riepenhoff, Le corps vitré de Yasmine Chemali et Lara Tabet, ainsi que La Terre amoureuse de Rebekka Deubner viennent compléter ce chapitre.

Archives incertaines, la quatrième section, emmène le public dans d'autres univers, comme avec l'exposition Nous ne sommes pas seuls, images extraterrestres ou bien encore avec la série The anonymous project being there de Lee Shulman et Omar Victor Diop, au coeur de l'Amérique des années 50 et 60.

William Klein et Martine Barrat

Et puis que seraient les Rencontres d'Arles sans la présence de personnages historiques de la photographie ? Cette année, ont été choisis plusieurs photographes qui ont toujours témoigné de leur engagement et de leur sens critique par rapport à l'utilisation du médium. Ainsi, l'édition 2026 consacre-t-elle une exposition à la figure tutélaire de William Klein, qui aurait fêté ses 100 ans cette année. À la chapelle du Museon arlaten, This way to heaven témoignera de la richesse de son travail et de son oeil hautement critique de la société américaine des années 50. Des séquences seront dédiées à ses grandes séries sur Mohamed Ali, sur le film qu'il a réalisé Polly Maggoo et sur Mister Freedom. Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? sera d'ailleurs présenté, pendant la semaine d'ouverture, dans le cadre des projections avec Arte à Croisière.

À la chapelle du Museon Arlaten, une exposition est consacrée à la figure de la photographie, William Klein. Il aurait eu 100 ans cette année. • William Klein, collage pour le film Mister Freedom, v. 1967 Avec l’aimable autorisation du William Klein Estate.

Autre grande figure de cette année : Martine Barrat. Depuis 3 ans, Christoph Wiesner essayait de la convaincre de venir exposer à Arles. À 93 ans, la photographe vit au Chelsea hôtel à New-York, et toujours active. Arrivée aux Etats-Unis dans les années 60 pour être danseuse, elle devra abandonner son rêve à la suite d'un accident. Mais des rencontres l'emmèneront à la photo. Et elle s'intéressera tout particulièrement aux lieux qui abritent les rejettés, le Bronx et Harlem. Elle travaillera également avec de grands couturiers comme Yves Saint-Laurent. Viendra-t-elle à Arles cet été ? "On l'espère", confie le directeur des Rencontres. D'autres grandes figures de la photographie sont programmées : Harry Gruyaert et Ming Smith. 

Mais également, la jeune génération présentée dans le chapitre Emergences. De nombreuses autres expositions seront aussi à découvrir dans le cadre des programmes associés. 

Tout le programme en détail à retrouver dès demain sur le site des Rencontres.

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