« Vous n’avez rien payé pour vos enfants en douze ans », exhorte David Malicot, procureur de la République. C’est une plainte déposée par l’ancienne conjointe du prévenu qui a permis à cette affaire de toucher la barre d’un tribunal. Lors de la séparation du couple, le juge aux affaires familiales a tranché pour une pension alimentaire à hauteur de 100 € par enfant. Mais, malheureusement, la mère de famille n’en a jamais vu la couleur. Interrogé sur la raison de ces défauts de paiement, Mourad s’explique : « Vu mes ressources, j’avais pas assez. » D’origine marocaine, il raconte être hébergé chez son père depuis plusieurs années et subvenir à leurs besoins, tout en étant bénéficiaire du RSA. Pourtant, la version de son ex est tout autre : il profiterait de la retraite et du logement de son père pour ne rien débourser.
La partie civile évoque ensuite un autre élément, plus que surprenant. « Il parle très bien français ; là, il prend un accent », lance la plaignante avec lassitude. Le prévenu profiterait alors de son apparente difficulté de maîtrise de la langue française pour justifier ses manquements. D’autant qu’il disposerait en réalité d’un diplôme bilingue arabe et français, délivré au Maroc. « David Copperfield, à côté de lui, c’est un amateur », lance maître Carmelo Vialette. Il a alors sous-entendu que Mourad userait de tout ce qui est en son pouvoir pour s’extraire de sa responsabilité. Soulignant les difficultés financières de sa cliente suite à une opération l’ayant rendue infirme, le conseil de la partie civile a ajouté que ce père de famille n’a jamais participé aux frais liés à l’éducation de leurs enfants.
« Elle écrit mieux que ça, ma fille »
« Je vois ma fille très régulièrement », annonce le prévenu sous les yeux surpris de son ex-femme. « J’ai déjà gaspillé de l’argent pour lui payer des baskets et j’en ai pris pour son frère aussi », ajoute-t-il. Une allégation qui n’a pas manqué de contrarier le ministère public, soulignant que l’éducation d’enfants ne relève en rien du gaspillage. La défense a également fourni une attestation de la fille du couple, aujourd’hui âgée de 17 ans, notifiant que son père a toujours pris soin d’elle, notamment financièrement. Un document que la partie civile rejette, soulignant qu’il s’agirait d’un faux. « Elle écrit mieux que ça, ma fille », s’indigne la mère de famille. Concernant le fils commun des deux protagonistes de l’affaire, la donne est différente. « Elle m’a toujours dit que ce n’était pas mon fils », lance Mourad, expliquant qu’il ne l’a jamais rencontré. La convention de divorce prévoit pourtant que les enfants soient déposés à la gendarmerie locale pour le passage de bras. Le père ne s’y serait jamais présenté.
« On le fait passer pour quelqu’un qui jette ses enfants sous des ponts », lance maître Arthur Morel, avocat de la défense. « Mon père a toujours fait preuve de générosité », lit le conseil de la défense. Reconnaissant les défauts de paiement, il a ensuite demandé le prononcé d’une sanction-réparation à l’égard de son client. Ce n’est pourtant pas l’option choisie par le tribunal, qui a suivi les réquisitions du procureur. Le prévenu a été condamné à 6 mois d’emprisonnement, intégralement assortis du sursis probatoire. Dans ce cadre, il devra réparer le préjudice causé, payer les pensions alimentaires et effectuer un stage de responsabilité parentale, à ses frais. Il va également devoir payer 1 000 € à son ex-compagne au titre du préjudice moral et 800 € pour ses frais de représentation. De quoi se poser la question à deux fois, s'il compte de nouveau se soustraire à ses obligations familiales.