« J’ai été contacté pour faire un coup de force », explique Abdelrerak S., un présumé membre de la DZ mafia marseillaise. Il comparaît aux côtés de six autres prévenus dans une affaire d’association de malfaiteurs, qui avait vocation à conduire à l’assassinat de deux membres du réseau de stupéfiants nîmois ; les surnommés « Bouboule » et « Django ». Les deux hommes seraient responsables des tirs qu’auraient essuyés Megdi H., également prévenu dans cette affaire, au Chemin-Bas-d’Avignon, la veille des faits. Pour rappel, cette fusillade a notamment occasionné le confinement des enfants de l’école Jean-Jay, en février dernier. L’histoire commence le lendemain de ces tirs, le 9 février 2024. Cinq hommes sont installés dans une Peugeot 206 grise, sur le secteur du Chemin-Bas-d’Avignon. C’est d’ailleurs ce qui a attiré l’attention d’une unité de la brigade anticriminalité patrouillant dans le quartier. Sommé de s’arrêter, le conducteur, Mohammed B., a pris la fuite, avant de percuter une autre automobiliste. « On m’a menacé avec une arme », soutient-il, assurant avoir été forcé à poursuivre sa route par ses passagers.
Le groupe est rapidement soupçonné par les enquêteurs de préparer une tentative d’assassinat sur les présumés responsables des tirs. Une sorte de vengeance qui n’a jamais été menée à son terme. Interrogé sur la présence de plusieurs hommes au visage camouflé dans son véhicule, Mohammed B. dit les avoir pris en stop. « Ils n’ont retrouvé qu’une seule cagoule dans le véhicule, plaide maître Carmelio Vialette, avocat de Mohammed B. Ils les ont mangés pendant leur délit de fuite ? », questionne-t-il ironiquement. Un élément à charge, issu de la vidéosurveillance de la ville, montre les cinq hommes montant dans le véhicule en même temps, laissant présager qu'ils se connaissent. Un argument réfuté par maître Adil Abdellaoui, intervenant pour la défense de Megdi H., passager de la 206 lors de son interpellation. Le conseil explique au tribunal que la vidéo a été prise lors d’un arrêt effectué par le groupe pour acheter des cigarettes. « Mon client a systématiquement tenu le même discours », explique-t-il, accréditant alors la version du covoiturage fortuit.
Un cinquième homme
L’équipage du véhicule est donc composé de Mohammed B., le conducteur, Megdi H., le passager avant, Abdelrerak S., le passager arrière droit, mais aussi d’un mineur et d’un homme qui a pris la fuite lors de l’interpellation. Suivi, il a laissé un fusil 7,65 dans son sillage. À ce jour, il n’a pas été identifié. Une fois fouillée, la voiture a livré quelques secrets. Quatre couteaux et une autre arme de calibre 7.65 ont été retrouvés, notamment sur les sièges arrière. Sur le chargeur de l’arme à feu retrouvé dans l’habitacle, l’ADN de Karim A., a été retrouvé par les enquêteurs. « On lui donne le rôle de fournisseur d’armes avec quatre couteaux, dont les lames font à peine la largeur d'une main. Ça manque de crédibilité », argue maître Aymeric Sagui, avocat du barreau de Marseille intervenant pour la défense d'Abdelrerak S., le prétendu homme de main venant de la Cité phocéenne.
Anthony D., lui, est prévenu d’avoir conduit Abdelrerak S. depuis Marseille jusqu’à Nîmes. « J’ai rendu service », explique le prétendu chauffeur, comparaissant libre devant le tribunal correctionnel de Nîmes. L’homme de trente-quatre ans explique avoir été missionné contre « 50 ou 100 €, je ne sais plus », pour faire le taxi. Riyad B. et Mohammed-Amine L., eux, sont prévenus d’avoir organisé cette prétendue vengeance depuis leurs centres de détention respectifs.
Deux groupes sur Signal
La messagerie Cryptée est de nouveau au cœur de l’affaire. Ce serait par le biais de l’application que l’ensemble des protagonistes serait entré en contact. Deux groupes ont donc été créés pour pouvoir mener le plan à son terme. L’un d’eux orchestrerait le transport du Marseillais de la DZ vers Nîmes. L’autre serait utilisé pour fomenter le meurtre des deux cibles. C’est d’ailleurs ce second groupe qui semble trahir le plan de ses treize membres. Il y est question du report de cette prétendue mission au vu de leur faible équipement. Avec quatre couteaux et un fusil, les hommes engagés se seraient sentis moins à l’aise qu’avec la « guitare », mentionnée dans différents messages. Un terme bien connu du milieu pour désigner une kalachnikov. Faute d’instrument, l’opération commando aurait donc été programmée au lendemain. Sans compter sur leur interpellation par la Bac.
Justifiant les agissements des prévenus par une volonté de « régler les comptes de la veille », le procureur de la République a requis des peines fermes à l’encontre de plusieurs des sept prévenus. Il a également dénoncé : « Pour les uns et les autres, un ancrage certain dans la délinquance », revenant sur leurs casiers judiciaires respectifs, comportant de multiples mentions. Du conducteur marseillais à « l’homme de main » de la DZ mafia, en passant par les deux prétendus commanditaires depuis leurs prisons, le ministère public a requis entre 2 et 12 ans de détention à l’égard de ces hommes. Seul Karim A. a bénéficié de réquisitions allant dans le sens d’une relaxe.
Signal ou pas de Signal
« Il ne dispose pas de réseau Signal », explique le conseil de Megdi H. Même argument pour la défense de Mohammed B., visant alors à écarter la responsabilité de ces hommes dans une éventuelle entente pour commettre ce meurtre. Les maîtres Vialette et Abdellaoui ont donc plaidé la relaxe. Quant au conducteur, Anthony D., mise à part sa présence sur le groupe Signal concernant le trajet depuis Marseille, « rien ne permet de le relier à ce crime », explique maître Olivier Rosato, avant de plaider, lui aussi, la relaxe pour son client.
Contestant le fait que son client ait pu orchestrer cette vengeance avortée depuis la prison, maître Van der Meulen, avocat du barreau de Paris, s’est appesanti sur le peu de messages envoyés par Riyad B. sur le groupe Signal destiné à l’organisation du prétendu double meurtre. Sur les 324 messages échangés, seuls 14 ont été écrit de la main de son client. Messages qu’il n’a envoyés qu’à partir du 9 février, en fin d’après-midi, alors que d’autres messages ont été échangés à partir de 22 h la veille. « Il n’a même pas une sale tête », plaide l’avocat parisien.
De 1 à 13 ans et demi de prison ferme
À l’issue d’un procès sous haute tension, Karim A. a été relaxé. Les six autres prévenus n’ont pas bénéficié de cette clémence. Anthony D., le conducteur marseillais, a écopé d’une peine d’un an d’emprisonnement aménagé sous la forme d’un bracelet électronique pour les faits d’association de malfaiteurs, mais n’a pas été reconnu coupable des faits liés à la détention d’armes. Les cinq autres prévenus ont été reconnus coupables des faits leur étant reprochés. Megdi H. et Mohammed B. ont été condamnés à 8 ans d’emprisonnement avec maintien en détention. Mohammed-Amine L. et Riyad B. ont eux aussi été déclarés coupables et condamnés respectivement à 10 et 12 ans d’emprisonnement, dont les deux tiers de sûreté.
Décrit comme « l’homme de main » marseillais, Abdelrerak S. a écopé de 12 ans d’emprisonnement avec les deux-tiers de sûreté. S’étant évadé du commissariat de Nîmes en sautant du 1er étage du bâtiment, sa peine a été augmentée de 18 mois pour bonne mesure.
La confiscation des scellés a également été prononcée par le tribunal. L’ensemble des prévenus condamnés à des peines fermes sont également soumis à une interdiction de détenir ou de porter une arme pendant 5 ans, à l’issue de leur période de détention.