Une enfant a été maltraitée par ses parents, la faisant dormir dans une niche extérieure et la nourrissant exclusivement de croquettes. Une affaire lourde de sens, qui doit être tranchée par les mini-magistrats du jour. C’est bouche bée que les enfants des classes de CM1 et CM2 de l’école élémentaire Paul-Langevin, située dans le quartier de Pissevin-Valdegour, ont fait leur entrée dans la salle civile du tribunal judiciaire de Nîmes, ce vendredi. C’est à l’occasion de la Journée nationale d’accès au droit que les enfants se sont installés, chacun à sa place, dans l’enceinte du bâtiment orné de moulures et de colonnes. « Bravo à tous », leur a alors lancé Abelkrim Grini, procureur de la République d’Alès, comme un mot d’encouragement avant leur prestation.
Un coup de sonnette et ça démarre. Robes sur le dos, les magistrates d’un jour ont fait leur entrée dans la salle d’audience. Dans la peau d’une présidente, d’un greffier, d’avocats, mais aussi de la victime et de témoins, les enfants ont conduit un procès de A à Z, sous l’œil attendri de leur enseignant et de maître Moyal, présente pour les encadrer.
Micro à la main, ils ont pris la parole tour à tour, jouant « un procès qu’ils ont eux-mêmes écrit », selon Julia Sabry, magistrate en détachement à l’École nationale de la magistrature. « On apprend plus la justice », dit Amira, qui endosse le rôle de présidente du tribunal pour la matinée. « On est trop jeunes pour assister à des procès, mais quand on aura 14 ans, on pourra y aller et avec ça on comprendra mieux ce qui s’y passe », ajoute la jeune fille, scolarisée en classe de CM2. Aux côtés de Jihène et de Sabriya, elles mènent l’audience à la baguette, appelant les différents protagonistes de l’affaire à s’exprimer face à elles. L’attribution des rôles, elle, s’est faite en fonction des talents de chacun. « Je devais être greffière, mais je parle assez bien et fort, donc j’ai été désignée comme assesseuse », raconte Sabriya avec fierté.
Jeu d’acteur et thématiques lourdes
Sous les yeux de quelques parents, les enfants ont joué leurs rôles à merveille. Le tout, en ayant appris leurs textes par cœur, jouant parfois de leurs talents en théâtre pour rendre leur histoire la plus crédible possible. Du haut de leur jeune âge, les enfants ont survolé des sujets de société, à l’image des violences conjugales, imputées au père de l’enfant victime. « J’avais peur de lui », lance la fillette jouant la prévenue avec brio, aux côtés de son faux compagnon. Tout comme les grands, les prévenus exposent leurs arguments, qui s’avèrent parfois même être plus convaincants que ceux des adultes. Avec une grande bienveillance, le maître a aiguillé ses élèves tout au long de leur prestation, leur indiquant d’un signe de la main de ralentir leur prise de parole ou de mettre le ton.
« La peine n’a pas été décidée en amont », explique Julia Sabry aux parents, téléphone à la main pour filmer les passages de leurs enfants. Comme lors d’un véritable procès, les enfants-magistrats ont quitté la salle d’audience pour délibérer. Une fois de retour, le couple a été déclaré coupable de la maltraitance de leur fille. Le père violent et maltraitant a été condamné à 4 ans d’emprisonnement. Les très jeunes magistrates ont également déchu ce père de son autorité parentale sur sa fille. La mère de la fillette, elle, a été condamnée à 18 mois d’emprisonnement avec sursis. Une fois les robes tombées, les enfants se sont réunis autour d’un petit goûter matinal. De quoi clore la matinée et les féliciter pour leur prestation plus que réussie, qui va peut-être, qui sait, créer des vocations.