Publié il y a 1 h - Mise à jour le 04.03.2026  - 4 min  - vu 277 fois

JUSTICE Alcoolisé et paranoïaque, il frappe sa compagne avec un tournevis

Gendarmerie, gendarmes, militaires

Craignant le placement en détention, le prévenu a quitté la salle d'audience avant la fin de son procès.

- Rose Macauley

Coups-de-poing, insultes et coups de tournevis, cette femme et ses enfants ont vécu le pire lors d’un interminable trajet en voiture.

C’est grâce à l’inquiétude de la cousine de la victime que cette affaire touche la barre du tribunal correctionnel de Nîmes. Malgré une demande de renvoi formulée par la défense, le dossier a été retenu par le tribunal. De quoi contrarier Maître Hélène Mordacq, estimant que les droits de la défense en sont bafoués, cette dernière ayant été saisie il y a deux jours par le prévenu. En contestation, elle s’est retirée de l’audience et a conseillé à son client de garder le silence. Une décision qui n’a pas entravé l’instruction de l’affaire, revenant sur la soirée du 28 septembre 2024. Le couple fraîchement constitué s’est rendu à une fête familiale, accompagné des quatre enfants de la victime. La soirée a été agitée et le prévenu s’en serait pris physiquement à l’un des cousins de sa compagne, occasionnant l’intervention des gendarmes.

Une fois le conflit terminé, les forces de l’ordre ont autorisé la victime à regagner son domicile en compagnie de Yamine, le prévenu, et de ses quatre enfants. Son compagnon étant en état d’ivresse, c’est la victime qui a pris le volant. C’est là que débute l’horreur. Pourtant, personne n’en sait rien. Seuls quelques messages échangés entre l’un des enfants de la victime et la cousine de cette dernière décrivent une scène de violence inouïe. Ce n’est que le lendemain, en fin de matinée que la lumière est faite sur ces heures de calvaire.

Une téléphonie parlante

Le 29 septembre, une femme s’est rendue à la gendarmerie de Belfort pour signaler la disparition de sa cousine et de ses quatre enfants, de qui elle n’a aucune nouvelle. Suffisamment inquiet, les militaires ont tenté de la joindre téléphoniquement. Contre toutes attentes, elle se veut rassurante lors de sa communication avec les gendarmes. Elle explique être partie en direction d’Argelès-sur-Mer, pour se reposer auprès de son frère. Un son de cloche qui sonne faux selon les gendarmes. Un bornage téléphonique est alors effectué pour localiser le couple. Surprise : ils ne se trouvent pas à Argelès-sur-Mer, mais au CHU de Nîmes.

C’est une femme couverte d’hématomes violacés que l’équipe des forces de l’ordre envoyé sur place a découvert, accompagné de ses enfants, eux aussi marqués des stigmates de la violence de leur beau-père. L’un d’eux porte des traces de strangulation, deux autres ont été giflés. D’abord réticente face aux enquêteurs, la mère de famille a fini par livrer le récit de son calvaire, corroboré par les auditions de ses enfants. Quelques secondes après leur départ de la soirée familiale, le quarantenaire se serait déchaîné sur sa compagne, lui assénant coups de coude, de poing et même de tournevis, trouvé dans le vide-poche de l’habitacle. Il l’aurait ensuite obligé à prendre la place passagère en la tirant par les cheveux. Constatant que l’un des enfants serait en lien par SMS avec la cousine de sa maman, il aurait jeté les téléphones des enfants par la fenêtre du véhicule. L’homme aurait également menacé sa compagne : « Je vais te tuer, je vais te finir ».

« Le diable en personne »

La version du prévenu est pourtant toute autre. Pour expliquer leur présence à l’hôpital, il raconte que sa compagne aurait été violée par deux de ses cousins lors de la fête. Puis, il explique qu’il aurait été agressé par une trentaine de personnes lors de l’événement familial de la veille et que sa compagne se serait interposée, d’où les traces visibles sur son corps. Devant les enquêteurs, il dit ensuite que sa femme aurait une relation sexuelle consentie avec l’un de ses cousins, mais aussi avec son fils de 13 ans. Fils, qui corrobore la version de sa maman. Malgré tout, le prévenu n’en démord pas, allant jusqu’à dire qu’il est « tombé sur le diable en personne » pour décrire sa compagne.

Prise en charge par les médecins du CHU, la victime a dû être opérée au vu de la violence des coups subis. Elle a notamment été la victime d’une fracture orbitaire, soit une grave lésion à l’œil, et d’une alopécie partielle due à l’arrachement de cheveux. Son corps est couvert de lésions, notamment du côté gauche, confirmant alors sa place de passagère dans le véhicule conduit par son conjoint au moment des faits. Le médecin légiste a fixé son interruption totale de travail à 15 jours. La voiture, elle, est maculée de gouttelettes du sang de la victime. Pourtant, le prévenu ne reconnaît rien.

Un trouble de la personnalité

« On ne peut pas nous tuer notre mère aussi », aurait lancé l’un des enfants lors des faits, endeuillés par le décès récent de son père, en janvier 2024. Une phrase traduisant l’étant de panique dans laquelle les quatre enfants se sont trouvés, face au déferlement de violence de leur beau-père. Un homme qui, selon un expert psychiatre, présente « un trouble de la personnalité paranoïaque », couplé à « un sentiment de persécution ». Déjà connu de la justice, l’homme d’une quarantaine d’années compte douze mentions sur son casier judiciaire, dont une condamnation en 2014 pour des faits quasi-identiques de violence avec arme.

« Nous avons tous les éléments à charge, il n’y a pas de place au doute », soutient Adelaïde Galtier, procureure de la République, avant de requérir 8 ans d’emprisonnement assortis d’un mandat de dépôt à l’encontre de Yamine. À l’issue des débats, auxquels le prévenu a décidé de ne pas participer, le tribunal s’est retiré pour délibérer. Moment qui a été choisi par Yamine pour quitter le palais de justice, en toute impunité et semble toute, en toute légalité. Le tribunal l’a ensuite déclaré coupable en son absence et l’a condamné à une peine de 7 ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt. Protestant contre le refus de renvoyer le dossier, Maître Hélène Mordacq, a annoncé qu’elle fera appel de la décision.

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