Au rayon des principales villes ayant changé de couleur politique, on retrouve évidemment Nîmes, qui passe à gauche avec l’élection de Vincent Bouget après 25 ans de droite. Pendant ce temps, la troisième ville du Gard, Bagnols, est passée du centre au Rassemblement national, et Vauvert a tourné la page du Parti socialiste, aussi pour le RN. Les sortants ont également été battus au Grau-du-Roi, Aigues-Mortes, Sommières ou encore Laudun-l’Ardoise, avec là aussi des changements de ligne politique.
De ces changements, quelques enseignements : d’abord le retour de la gauche aux affaires à Nîmes, une belle prise de guerre qui acte aussi le déclin de la droite traditionnelle de la cité des Antonin, minée par ses divisions et phagocytée par le RN. Le RN qui perce : ces municipales gardoises auront vu le parti d’extrême droite prendre Bagnols et Vauvert, ses deux cibles principales. Ces deux victoires confirment que le parti à la flamme fait davantage recette dans les petites villes que dans les plus grandes, dans lesquelles il y a encore un plafond de verre, quand bien même il a tendance à se fissurer, comme le démontrent les scores de Nîmes et d’Alès. Cependant, la défaite à Nîmes est dure à avaler pour Julien Sanchez, et le recours qu’il a annoncé accrédite cette amertume, tant le RN a nourri des espoirs, et mis des moyens importants, pour conquérir la troisième ville d’Occitanie.
Quant à la droite, elle sort amochée de cette élection, mais conserve des fiefs : si Nîmes est tombée, Christophe Rivenq à Alès a tenu bon face à un RN jamais aussi haut dans l’ancienne cité minière. Un avertissement sans frais pour celui qui s’inscrit dans la suite du très populaire Max Roustan, mais qui a gagné beaucoup moins largement que prévu, à l’issue d’un second tour, ce que les électeurs alésiens n’avaient plus connu depuis 31 ans. La droite garde aussi Saint-Gilles avec un Eddy Valadier plus indéboulonnable que jamais, et une bonne partie du Grand Avignon gardois, Villeneuve en tête, où elle reste très puissante.
Des changements de têtes dans les intercommunalités
Du côté des intercommunalités, les situations sont disparates. Si des sortants devraient se maintenir sans problème, comme Christophe Rivenq à Alès Agglo ou Fabrice Verdier à la Communauté de communes Pays d’Uzès, d’autres intercommunalités vont, a minima, changer de président. C’est le cas à l’Agglomération du Gard rhodanien, où Jean-Christian Rey, emporté par la vague RN à Bagnols avec le maire sortant Jean-Yves Chapelet, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait pas candidat depuis un éventuel strapontin dans l’opposition.
Le seul président qu’a connu cette Agglo depuis sa création en 2013 a toutefois senti le coup venir, et a préparé la suite en poussant la candidature du maire de Saint-Paulet-de-Caisson et vice-président du Département, Christophe Serre. Si le vice-président sortant, qui ne fait toutefois pas l’unanimité parmi ses pairs, fait figure de favori, la nouvelle maire de Bagnols Pascale Bordes dit et répète qu’elle veut aussi l’Agglo. Même depuis la ville-centre, elle part de loin, avec 13 sièges sur les 77 de l’assemblée. Reste que certains maires de villages pourraient la rallier, voire même porter une candidature qui serait moins clivante que celle d’une élue encartée RN. Sachant qu’on n’est pas à l’abri d’autres candidatures d’ici à la mi-avril, lorsque l’Agglomération devrait se choisir un autre président : d'après nos informations, le maire de Pont-Saint-Esprit Valère Segal et l'opposant bagnolais Jérôme Jackel ont des velléités et ont commencé les rendez-vous avec les maires.
Nîmes métropole devrait aussi changer de tête : la victoire de Vincent Bouget à Nîmes rebat les cartes, avec 37 sièges pour la gauche nîmoise sur les 105 de l’Agglomération. Il lui faudra aller chercher une majorité : du côté de Marguerittes par exemple, dont le maire Rémi Nicolas déclarait récemment dans nos colonnes qu’il n’aurait « pas de difficulté » à travailler avec Vincent Bouget, ou de Leins-Gardonnenque, où des maires de gauche ont été réélus, dont le communiste Bernard Clément. Reste à voir s'il aura un candidat face à lui, le maire de Saint-Gilles Eddy Valadier, à la tête de la deuxième ville de l'Agglomération ayant d'ores et déjà indiqué qu'il ne briguerait pas le poste.
Autres changements de têtes à venir au Pays de Sommières, présidé jusqu’ici par le maire de Sommières, Pierre Martinez, battu dimanche. Son successeur, Stéphane Porret, a annoncé qu'il ne briguerait pas la présidence, laissant la voie libre au maire de Montpezat, Jean-Michel Andriuzzi. D'autant que la première adjointe de Calvisson, Véronique Martin, ex-première vice-présidente de Pierre Martinez, a annoncé ne pas vouloir se présenter à l'intercommunalité : « Je ne risque pas de me lancer là-dedans. Je ne me sens pas capable. » Changement aussi au Pont-du-Gard où le sortant Pierre Prat a choisi de raccrocher.
CCBTA et CCPC à surveiller
Parmi les points chauds, la Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence (CCBTA) sera à surveiller de près. En 2020, le président divers gauche et maire de Bellegarde Juan Martinez l’avait emporté face au maire RN de Beaucaire Julien Sanchez par 18 voix contre 16. Cette fois encore, ça devrait se jouer à deux voix : la réélection de Nelson Chaudon à Beaucaire lui apporte 14 sièges, auxquels s’ajoutent un siège RN à Bellegarde et un autre à Jonquières-Saint-Vincent. Toutes les communes ayant reconduit leur maire sauf Fourques, il faudra surveiller de près les deux sièges de la nouvelle majorité du village Alain Fouque, qui décideront du destin de cette intercommunalité.
À la Communauté de communes Petite Camargue (CCPC), les équilibres pourraient aussi bouger avec l’élection de Nicolas Meizonnet (RN) à la tête de Vauvert. Vauvert dont la nouvelle majorité disposera de 11 sièges sur les 29 de l’assemblée. Pourra-t-il compter sur le maire d'Aimargues, Jean-Paul Franc, qui n'est pas venu depuis six ans au conseil commnautaire en raison de son opposition à Jean Denat ? À noter que le Cailar et Aubord ont également reconduit leurs maires, dont André Brundu, président sortant, Beauvoisin, deuxième commune de l’intercommunalité, a changé de majorité. Les cinq voix de cette nouvelle équipe, emmenée par Frédéric Meseguer, pourraient, ajoutées à celles de Vauvert, faire basculer la Communauté de communes.
Suspense aussi à Rhony Vistre Vidourle. Président depuis 2020, le maire de Codognan, Philippe Gras, a annoncé vouloir poursuivre la gestion de l’intercommunalité. Ses ambitions seront-elles contrariées par celles d’autres élus, notamment celles des plus grandes de Rhony Vistre Vidourle : Vergèze et Uchaud ? L’élection aura lieu le 1ᵉʳ avril.
La droite affaiblie pour les sénatoriales
Plus que jamais, les élections communautaires à venir ressembleront à des mini-sénatoriales, avec des grands électeurs. Les sénatoriales justement font figure de « quatrième tour » des municipales. Car ça se sait peu hors du petit monde politique, mais le Gard fait partie des départements dont les sénateurs seront renouvelés en septembre prochain, et les sénateurs sont élus par les élus locaux. Un corps électoral composé à 90 % par les élus municipaux.
Jusqu’ici, la droite compte deux sénateurs, Vivette Lopez et Laurent Burgoa, et la gauche un, Denis Bouad. En 2020, l’élection avait été très serrée, la droite l’emportant avec 672 voix contre 663 pour la gauche. Le RN se classait quant à lui troisième, avec 203 voix. Un peu plus de 17 % des voix étaient ensuite répartis sur une liste Modem/UDI, divers gauche et divers.
Le résultat des municipales dans les principales communes fait ressortir une nette percée du RN : en cumulant Nîmes, Alès, Bagnols et Vauvert, le parti d’extrême droite compte 52 élus municipaux de plus, qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition. À ce chiffre, il faut rajouter les 27 élus de Beaucaire, des élus d’opposition et une flopée d’élus de villages qui composaient les 203 voix de 2020.
Pendant ce temps, la droite perd gros : sur Nîmes, Alès, Bagnols et Vauvert, le solde d’élus de droite est de -38. Et encore, c’est sans compter les voix de la majorité sortante battue à Bagnols, dans laquelle figuraient quelques élus de droite. Pas forcément de nature à voir la droite se faire doubler par le RN, mais par la gauche si : sur les quatre mêmes villes, la gauche gagne 13 élus, le solde de la victoire nîmoise duquel il convient de retrancher la défaite vauverdoise et l’absence d’élus d’opposition de gauche à Alès.
Reste que l’écrasante majorité du corps électoral est dans les petits villages, dans un département principalement rural aux 350 communes. Des villages qui ont pour la plupart réélu leur maire ou la majorité sortante, et où les grands équilibres devraient perdurer. C’est vers ces élus, pour la plupart sans étiquette, que le RN va devoir se tourner pour aller chercher les voix qui lui manquent afin de rattraper les deux partis historiques, mais la marche reste haute.
Quant à la gauche, compte tenu de l’écart très faible qui la séparait de la droite en 2020, 9 voix, elle peut désormais, grâce à Nîmes, espérer ravir un deuxième siège à la droite. On le voit donc : la victoire de la gauche à Nîmes est celle qui pourrait avoir les plus grandes répercussions sur le paysage politique gardois. Et relativiser, du même coup, les victoires du RN à Bagnols et Vauvert.