Publié il y a 1 h - Mise à jour le 20.03.2026 - Olivier Lemierre, Coralie Mollaret, Sacha Virga et Thierry Allard - 9 min  - vu 159 fois

FAIT DU JOUR Municipales : à Nîmes, Alès, Bagnols, Arles, Lunel, un second tour à forts enjeux

Élections législatives Nîmes en 2024 (Photo Anthony Maurin)
Photo d'illustration Anthony Maurin

Si la plupart des communes se sont choisies un maire dimanche dernier, dans les plus grosses un second tour se tiendra dimanche. Une élection souvent bien incertaine, avec des enjeux différents mais tout aussi importants à Nîmes, Alès, Bagnols, Arles ou encore Lunel. Tour d’horizon à deux jours d’un scrutin décisif.

Nîmes : le front républicain à l’épreuve du second tour

À Nîmes, le premier tour a eu l’effet d’une bombe. Dimanche dernier, le candidat RN Julien Sanchez est arrivé en tête avec 30,39 %, soit 163 voix de plus que le candidat de la gauche unie (hors LFI), Vincent Bouget, recueillant 30,05 % des suffrages. La droite et le centre, incarnés par les candidatures de Franck Proust (19,55 %) et Julien Plantier (15,55 %), ont fusionné sous la bannière « Nîmes par-dessus tout ». Dans cet entre-deux-tours, la présidente socialiste de la Région, Carole Delga, est venue soutenir Vincent Bouget : « Le RN, c’est l’adversaire de la République, le danger pour l’égalité des Français, la fraternité. » À Nîmes, la gauche espère bénéficier du front républicain pour battre l’extrême droite. Seulement, au regard de la percée historique du parti, aux municipales dans le Gard, et du faible taux de participation, ce front fonctionnera-t-il ?

Ce mercredi, Vincent Bouget organisait un rassemblement populaire devant les arènes, auquel 2 000 personnes ont participé, selon les organisateurs : « Le 22 mars, vous choisirez un maire et un projet pour notre ville. Je vous propose de faire à nouveau de Nîmes une grande ville méditerranéenne qui compte et qui nous rassemble. Une ville dynamique et attractive, une ville qui crée et où il fera bon vivre. Une ville d’égalité et de fraternité. Une ville libre et unie. » Pour Carole Delga, le front républicain peut fonctionner « en ayant une communication forte et cohérente, aussi un programme de justice sociale et de croissance durable. Le sentiment d’injustice dans ce pays est très fort. C’est le carburant des votes populistes. »

À droite, ville gérée depuis 25 ans par Jean-Paul Fournier, le président de Nîmes métropole, Franck Proust espère bien conserver son bastion. Nîmes étant la plus grande commune gérée par la famille des Républicains. « Nous sommes ensemble pour offrir un autre choix que Julien Sanchez ou Vincent Bouget. Nous voulons continuer l’élan que nous avons connu depuis 25 ans. Les Nîmois ne veulent pas de ce choix entre les communistes et le Rassemblement national. » Et à Franck Proust de faire une sorte de mea-culpa : « Nous avions fait le choix, peut-être à tort en ce qui me concerne, de porter nos projets séparément : un programme, une voix. Il faut savoir reconnaître ses erreurs. Les Nîmois nous l’ont fait payer. » Ce jeudi, place du Chapitre, un meeting était organisé par la droite et le centre. À trois jours du second tour, le résultat des municipales à Nîmes se révèle être plus qu’incertain.

À Alès, Christophe Rivenq tient la corde

Bien malin celui qui aurait pu prédire ce résultat. À Alès, comme dans l'ensemble du Gard, le Rassemblement national a réalisé un score défiant tous les pronostics. Anthony Bordarier (réaction ICI) réalise ainsi la belle opération de cette élection municipale, bien qu'il reste derrière le maire sortant Christophe Rivenq (réaction ICI). Là où le RN a plus que quadruplé ses voix et triplé son score entre 2020 et 2026, la majorité sortante a, elle, vu ses chiffres prendre un sacré coup. Elle perd 24 points et 300 votes malgré une augmentation de la population et du taux de participation.

Des chiffres qui peuvent s'expliquer, à la fois, par la montée nationale du parti à la flamme, qui se traduit désormais au niveau local, mais aussi par le changement de visage à la mairie. Christophe Rivenq ayant pris, comme annoncé, la succession de Max Roustan, premier édile pendant 30 ans il y a un an jour pour jour. Il ne reste plus que dorénavant deux listes qui se font face. D'un côté, le maire sortant Christophe Rivenq et sa liste 'Alès' et de l'autre Anthony Bordarier soutenu par le Rassemblement national et la liste 'Rassemblés pour Alès'. Avec le retrait des deux listes de gauche - l'une a appelé à voter Christophe Rivenq, l'autre à faire barrage au RN -, le maire sortant, encore favori, pourrait tenter de briguer aussi les abstentionnistes (49,54 %). De son côté, le RN devrait plutôt profiter du retrait de Marc Infantes qui n'a pas appelé aux consignes de vote.

À Saint-Hilaire-de-Brethmas, Gaël Mancuso, tête de liste divers droite, se présente comme le favori après avoir devancé ses adversaires au premier tour (39,7 %). Il met en avant son ancrage local et sa proximité avec les habitants. Jean-Michel Perret, maire sortant, assume son score serré (38 %) et défend son bilan : "Nous avons su protéger les habitants face aux dysfonctionnements parisiens, avec la création d’un centre de santé, l’installation de cinq médecins généralistes, ou encore l’ouverture d’un accueil pour les enfants dès trois ans », rappelle-t-il. Sylvie Galtier, tête de liste de « Pour Saint-Hilaire », se dit déterminée à maintenir sa liste au second tour, malgré un score en deçà des attentes (22,3%). « Nous remercions les 516 électeurs qui nous ont fait confiance. Ce premier tour a été marqué par une abstention record, et nous appelons à la mobilisation », déclare-t-elle. Reste désormais à voir si le second tour sera un copier-coller du premier.

Situations contrastées dans le Gard rhodanien

Dans le Gard rhodanien, les trois principales villes de l’Agglomération se choisiront un maire lors du second tour. Avec des situations diverses : un maire sortant en ballottage défavorable face au RN à Bagnols, un maire sortant largement en tête à Pont-Saint-Esprit, et un maire sortant déjà sorti à Laudun-l’Ardoise.

À Bagnols, la candidate du Rassemblement national Pascale Bordes fait figure de grande favorite de ce second tour après avoir réuni 44,26 % des suffrages dimanche dernier. Loin devant le maire sortant (divers centre) Jean-Yves Chapelet et ses 18,25 %, et le troisième Jérôme Jackel (divers gauche), qui se maintient avec ses 15,93 %. Un maintien qui complique la tâche au maire sortant, qui espérait un duel pour avoir une chance de se maintenir place Mallet.

Jean-Yves Chapelet, qui a attaqué frontalement Pascale Bordes cette semaine et a enregistré le soutien de la présidente de la Région Carole Delga, veut y croire. Chez ses proches, on espère que le report des voix de Philippe Broche (quatrième avec 14,43 %) et de Michel Cegielski (cinquième avec 7,13 %) sera au rendez-vous, complété par un regain de participation « de 5 à 10 % », nous glisse-t-on, seulement 55,10 % des Bagnolais ayant voté au premier tour. Mais avec Jérôme Jackel sur la ligne de départ, qui espère lui aussi convaincre les abstentionnistes, il n’est pas dit qu’une participation plus importante permette au maire sortant de ne pas se faire sortir dimanche.

À Pont-Saint-Esprit, l’équation est à peu près la même, sauf qu’ici, c’est le maire sortant Valère Segal (divers) qui fait la course en tête avec 41,16 % des suffrages. Une performance pour le maire sortant, colistier de Gérome Bouvier élu en 2024 lors d’une élection partielle intégrale, qu’il avait remplacé quelques semaines plus tard pour raisons médicales. Deuxième, Olivier Esquer (divers centre) a réuni 18,40 % des voix dimanche dernier. Le désistement du troisième, Benjamin Desbrun (divers, 16,45 %) pourrait lui profiter, mais le maintien de Morad Hourfane (divers, quatrième avec 13,22 %), devrait profiter au maire sortant. Reste à voir où iront les 10,77 % de la candidate de l’« union des droites » Aurélie Delwarte, qui a choisi de se désister.

À Laudun-l’Ardoise, le jeu est encore ouvert. Entre un Ludovic Di Rollo (divers) à 34,36 %, un Patrice Prat (divers gauche) à 27,12 % et un Patrick Pannetier (divers) à 22,17 %. Si le premier part avec une longueur d’avance, le retrait sans consigne de vote du maire sortant Yves Cazorla (divers), qui a réuni 16,36 % des voix, rebat les cartes : à qui vont aller ses 479 électeurs qui peuvent faire toute la différence ? Vu le passif des candidats encore en lice avec le maire sortant et la teneur de la campagne, rien n’est évident de ce point de vue là, d’autant qu’il semble y avoir encore des marges du côté des abstentionnistes : avec 64,68 % de participation, Laudun-l’Ardoise est dix points en dessous de la participation de 2014 (74,29 %).

Second tour incertain à Arles

C’est une quadrangulaire qui aura lieu à Arles dimanche prochain, avec deux candidats pouvant prétendre, au vu du premier tour, au siège de maire : Patrick de Carolis, le sortant (Horizons) annoncé sans étiquette qui a obtenu 34,09 % des voix, et Nicolas Koukas, son challenger de gauche, totalisant 25,38 % des suffrages exprimés. Deux autres candidats restent en lice. Rémy Benson pour le RN arrivé troisième avec 16,37 %, et Jean-Michel Jalabert, ex-premier adjoint au maire, crédité de 13,69 % des voix.

Si Patrick de Carolis a réalisé au premier tour un score bien supérieur à celui de 2020 (en hausse de 8%), il ne dispose de presque aucune réserve de voix au second, et devra compter pour gagner sur les abstentionnistes (43,65 % lors de ce premier tour) ou sur les partisans du vote utile « pour faire barrage à l’extrême gauche » comme il le demandait dimanche au soir des résultats.

Nicolas Koukas, en revanche, avec 25 % des voix, pourrait compter sur les 9,8 % obtenus par Jecilla Regad conduisant la liste « Arles populaire, digne et solidaire » (LFI et Changeons d’Avenir). Bien sûr le report des voix à gauche n’est pas couru d’avance. Aucune consigne de vote n’a été donnée par la candidate, laissant le libre arbitre à ses électeurs. Mais les écologistes EELV ont appelé à voter Koukas qui obtient également les soutiens de Serge Meyssonnier et de Sophie Aspord, deux anciens adjoints du maire sortant. Bien malin qui pourra dire aujourd’hui qui va devenir maire d’Arles dimanche.

Au-delà du mandat de maire, c’est celui du président de la Communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (ACCM) qui va se jouer dimanche. Patrick de Carolis, actuel président, même en cas de victoire, n’est pas certain de conserver la présidence. Le Rassemblement national peut gagner les municipales à Tarascon, et ses élus obtenir des alliances dans les autres communes (Saint-Martin-de-Crau, Boulbon, Saint-Pierre-de-Mézoargues, Les Saintes-Maries-de-la-Mer, et Arles).

À Lunel, tout est encore possible

Arrivée en tête au premier tour, Paulette Gougeon (28,07 %) s'est octroyée une certaine avance sur ses concurrents Anthony Belin (21,37 %) et Stéphane Dalle (19,02 %). La maire sortante, soutenue par le Parti socialiste et Les Républicains a centré sa campagne sur un rassemblement local, tourné vers la ville de Lunel, dans l'esprit de Pierre Soujol. Cette stratégie a visiblement porté ses fruits à l'heure actuelle. Ce vendredi à 18h30, elle a également lancé un appel à un rassemblement républicain "Unis pour Lunel et contre l'extrême droite", sur la place Louis Rey.

Les deux outsiders ont décidé d'adopter deux approches différentes pour tenter de lui dérober son fauteuil. Le candidat UDR a officiellement reçu ce jeudi celui du Rassemblement national, qu'il n'avait pas obtenu avant le 15 mars dernier. La présence du maire de Perpignan Louis Aliot, largement réélu au premier tour dimanche dernier et premier vice-président du RN, ainsi que celle de la députée européenne France Jamet, a confirmé cette décision. Avec presque un Lunellois sur deux qui n'a pas voté, l'ancien directeur de cabinet de Pierre Soujol espère convaincre les plus indécis de voter pour lui.

Stéphane Dalle, quant à lui, avait appelé à un large rassemblement des habitants de Lunel autour de son projet "Lunel au cœur". Au soir du premier tour, il avait annoncé être en discussions avec Thierry Razigade (8,98 %), qui n'avait pas pu se maintenir. Ces échanges ont permis aux deux parties de tomber d'accord, puisque deux des colistiers de Thierry Razigade (Nancy Lemaire et Laurent Wargniez) ont rejoint la liste de Stéphane Dalle à l'entre-deux-tours.

"Aujourd’hui, à titre personnel, je soutiens la candidature de Monsieur Stéphane Dalle pour deux raisons. La première remonte au décès de notre regretté maire Pierre Soujol, où je considère qu’il n’y avait pas matière à discussion et que son premier adjoint Stéphane Dalle aurait dû lui succéder à la ville comme à l’agglomération. Des choix purement politiques, au sein de la majorité en place, en ont décidé autrement, ce que je regrette. La deuxième repose sur le fait que je pense que monsieur Stéphane Dalle est le meilleur des trois candidats pour mener une négociation au sein de l’agglomération. Sa candidature est de nature à rassurer et à rassembler, deux conditions essentielles pour travailler en mode projet", commente Thierry Razigade. Selon nos informations, certains colistiers de la liste de l'ancien directeur de la police municipale de Nîmes, ont du mal à comprendre ce choix, ce qui pourrait donc disperser certaines voix.

Toujours dans la continuité de son large rassemblement, Stéphane Dalle a rencontré Lise Florès de Lunel Collectif, liste citoyenne écologique et de gauche. "Trois de nos propositions ont été intégrées à son programme : le financement de salariés pour les associations solidaires, la préservation des terres agricoles et le développement d'une ferme en régie. Ces avancées peuvent éclairer le choix des électeurs. Néanmoins, des désaccords persistent et Lunel Collectif demande aux deux candidats d'exposer leurs engagements concrets pour agir contre le racisme, pour la prévention des violences, et pour la prise en compte du changement climatique et de la biodiversité", explique-t-elle, expliquant par la même occasion, qu'il ne s'agit pas d'un appel au vote. Enfin, elle martèle "qu'aucune voix ne doit aller à l'extrême droite", visant donc Anthony Belin. Toujours selon nos informations, Stéphane Dalle aurait soumis une belle proposition à Stéphane Muscat, qui n'aurait donc pas été acceptée par la tête de liste "Envie de Lunel". Ces ralliements pourraient peut-être faire basculer ce deuxième tour, tout comme le soutien du RN à Anthony Belin, ou encore la posture de Paulette Gougeon de ne pas bouger sur sa ligne de conduite.

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