Publié il y a 1 an - Mise à jour le 12.05.2023 - François Desmeures - 4 min  - vu 683 fois

ROBIAC-ROCHESSADOULE La Noria renaît comme application paysanne de l'agroécologie

Le sarrasin, qui servira d'engrais vert, commence à sortir de terre au premier plan, quand les serres sont déjà remplies des productions maraîchères du printemps et de l'été

- (photo François Desmeures)

La ferme, située à l'entrée de Robiac, a été reprise en août 2022 par l'association Terre et humanisme, créée en 1994 par des proches de Pierre Rhabi. Longtemps cultivées en agriculture biologique, les terres de la Noria seront transformées dans la durée pour répondre aux canons de l'agroécologie. Avec la volonté de tordre le cou aux sceptiques sur la possibilité, de la part de cette solution agricole, de nourrir la planète. Ce samedi 13 mai, une journée de fête sera dédiée à l'inauguration de la ferme. 

Maraîcher, Jean Viannay est salarié de l'association Terre et Humanisme. Seul lui et son ouvrier agricole, Rémi, ont le droit de mettre les mains dans la production • (photo François Desmeures)

C'est à 32 kms du mas de Beaulieu où elle habite, à Lablachère (Ardèche), que l'association Terre et Humanisme a trouvé le lopin de 4,25 hectares qu'elle cherchait. À Robiac, exactement, à la ferme de la Noria, dont l'activité a été brutalement arrêtée à la suite du décès du maraîcher. "Le couple gérait une AMAP (association pour le maintien d'une agriculiture paysanne, NDLR) installée à Lablachère, qu'on hébergeait", explique Léa Ostermann, chargée de communication de l'association. Qui cherchait une ferme à mettre en culture depuis quelques temps. 

Avantage de la Noria, ses terres sont cultivées en agriculture biologique depuis des années. Si les préceptes de l'agroécologie restent à mettre en place, ils le seront sur un sol sain. "On reprend la ferme pour la transformer et ne pas faire la même chose", poursuit Léa Ostermann, dont l'association voulait "un lieu pour la production et la transmission". Le maraîcher et son ouvrier agricole verront ainsi défiler des bénévoles (les Volon'terre, dans la terminologie Terre et humanisme), des services civiques ou des stagiaires, auxquels ils pourront prodiguer des conseils. Sans pour autant utiliser leurs bras, insiste Jean Viannay, le maraîcher déjà installé. "Il s'agit de démontrer que l'agroécologie fonctionne à l'échelle agricole, martèle-t-il. On est ici sur une action concrète, et moins sur du plaidoyer. C'est une action de terrain qui vise à démontrer." Tout juste, les bénévoles pourront-ils participer à la croissance d'engrais verts, à planter les semences correspondant à l'enrichissement en biodiversité du site, mais absolument pas à la production maraîchère. 

"Passer de l'échelle du citoyen à l'échelle agricole"

Léa Ostermann, chargée de communication et de sensibilisation de l'association Terre et Humanisme

Pour définir plus clairement ses objectifs à Robiac, l'association a fait appel au bureau d'études Tero, qui a accompagné le projet sur plus de trois mois, en menant une enquête de territoire, "en allant à la rencontre des associations locales et des élus. On a mené l'étude de faisabilité en co-construisant le projet avec les acteurs d'ici." À l'objectif de prouver la viabilité des modèles agroécologiques - "de passer de l'échelle du citoyen à l'échelle agricole" -  se sont ajoutés celui d'utiliser le lieu comme support pour d'autres organismes, comme le Civam (centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural) ou l'Adear (assocation pour le développement de l'emploi agricole et rural) ; ou encore de "participer aux dynamiques locales, comme les projets alimentaires territoriaux, et de devenir un lieu de ressources autour du partage de l'environnement, en rendant l'alimentation bio plus accessible". Aux particuliers, certes, mais aussi aux associations caritatives locales, en commençant par les antennes des Secours populaire et catholique. 

Bénévole, service civique ou en formation, elles mettent la dernière main aux préparatifs pour samedi, sous le regard de Léa Ostermann • (photo François Desmeures)

Pour faire aboutir ces volontés, l'agroécologie a un avantage : elle dépasse déjà, dans sa philosophie, le seul but de production. "L'agroécologie favorise la biodiversité dans son ensemble, argumente Léa Ostermann, elle fertilise le sol." "Celui-ci subit très peu de labours, poursuit Jean Viannay, le sol est couvert, on pratique une rotation des cultures, on utilise de l'engrais vert et des associations de plantes, on valorise les ressources du lieu." La fauche est utilisée pour apporter de la matière organique et l'association de cultures est la règle. "Sur une bande qui accueille deux cultures en agriculture traditionnelle, on va en passer cinq ici", illustre Jean Viannay.

Toujours dans un souci de croissance de la biodiversité, une mare et des haies devraient voir le jour. Tandis que le verger est appelé à se développer à grande échelle, permettant aussi de faire de l'agroforesterie au milieu des cultures. Des plantations qui prendront évidemment en compte le réchauffement climatique. À côté des pommiers, déjà alignés par les exploitants précédents, grenadiers, figuiers, pruniers et poiriers prendront place. 

"Si on voulait nourrir la France avec l'agroécologie, il faudrait un million de paysans supplémentaires d'ici 2050."

Léa Ostermann

Ce "système viable" qui doit être mis en place, s'inscrit dans "le mouvement des micro-fermes, qui est assez fort en France, constate Léa Ostermann. Mais il faut aussi que les gens soient prêts à imaginer une autre manière de consommer. Si on voulait nourrir la France avec l'agroécologie, il faudrait un million de paysans supplémentaires d'ici 2050." Et Terre et humanisme en est conscient : vendues au prix de l'immobilier actuel, les fermes cévenoles ou du sud Ardèche ne peuvent être rentables, tant le bâti coûte cher dans la région. En tant qu'association, Terre et Humanisme a pu racheter la Noria. Un maraîcher n'aurait sans doute pas pu. Ce qui représente un frein immense au développement d'une paysannerie de petits espaces. 

Comme, chez Terre et Humanisme, le projet social affleure sous la volonté agricole, le marché à la ferme a tout de même repris à la Noria, le mercredi, entre 16h et 19h. Et Et l'attente était évidente, "les gens étaient là dès 15h30, a constaté Léa Ostermann. Mais il faut qu'on leur fasse comprendre que ce ne sera plus le même fonctionnement productif." La journée portes ouvertes et inauguration de ce samedi devrait participer à cette pédagogie. 

Une inauguration entre légumes, table-rondes et musique

Dès 9h30, ce samedi 13 mai, la Noria installera un marché de producteurs locaux directement à la ferme, ainsi qu'une foire aux plantes et aux plants. À 10h30, sur inscription, atelier de fabrication d'instruments en légumes. À 11h30 aura lieu l'inauguration officielle en présence de la présidente de Terre et Humanisme et du maire de Robiac-Rochessadoule. À 14h, l'association tiendra son assemblée générale, avant une table-ronde, à 16h30, autour de la sécurité alimentaire. Du théâtre fera son apparition, à 17h15, avec la compagnie Théâtre des chemins. Suivi d'une nouvelle table-ronde, à 18h15, autour des femmes dans l'agriculture. À partir de 19h, soirée festive avec concert du groupe Paris-Brest. Restauration et buvette sur place.

François Desmeures

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