Réaction à chaud ou presque. Deux jours seulement après la fin de la feria de Pâques, qui s’est tenue du 3 au 6 avril, la municipalité arlésienne a présenté mercredi, un bilan globalement positif de l’édition 2026. La météo a d’emblée été un facteur clé de ce succès. "On est quand même sur un grand cru cette année", estime Mandy Graillon, première adjointe au maire en charge de la Sécurité et des Traditions, évoquant "quatre jours de soleil" durant ce premier grand week-end printanier.
Au beau temps s'ajoute une programmation "riche et solide" - plus de 35 animations gratuites dont 10 concerts et trois aubades de peñas etc - élaborée en partenariat avec le Comité de la feria d'Arles. Résultat : une belle fréquentation, comparable à celle de 2025, et ce malgré l'absence d’événement concomitant - le Festival du dessin l'an passé - et hors vacances scolaires. Cette dynamique s’étend même au jeudi, qui "s’impose peu à peu comme un vrai soir de feria", obligeant la municipalité à adapter son organisation. "Je pense qu'on va devoir faire évoluer les choses là-dessus, parce qu'on voit que le jeudi rentre de plus en plus dans les habitudes", complète l'élue.
Sans surprise, la place du Forum était le lieu le plus révélateur pour prendre la mesure de l’affluence. Ceux qui ont osé la traverser, de nuit notamment, s'en souviennent encore. Mais partout ailleurs, la satisfaction prime d'après la mairie, jusqu'aux arènes, un secteur désormais pleinement intégré au périmètre festif, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années en arrière.
De son côté, la bodega Alegria, la petite nouvelle de cette feria située à l'espace Van-Gogh, envisage déjà une reconduction en septembre, pour la feria du Riz. Celle des Andalouses, installée sous chapiteau, sur le parvis de l'hôtel Jules César, affiche également "un bilan très satisfaisant". "Il a fallu nous adapter à ce nouveau lieu, mais nous sommes très heureux du résultat. C'est impossible à quantifier, mais nous avons eu beaucoup de monde. Du fait que nous étions un peu plus dans le cœur de ville, les gens venaient, partaient, puis revenaient. On a aussi vu des nouveaux visages", se réjouit Dalia Navarro, présidente du club taurin Les Andalouses.
Un retour important pour la Ville d'Arles, au regard des difficultés rencontrées pour accueillir de nouvelles bodegas dans des bâtiments. "On a atteint une limite […] celle des contraintes administratives qui sont nombreuses, sur les issues de secours, les dispositifs de désenfumage etc", explique Mandy Graillon. D’où une piste claire pour l’avenir : "Des bodegas construites de toutes pièces, sous tente ou chapiteau, sur le modèle du Sud-Ouest ou de l’Espagne. Si demain, on veut continuer à déployer l'offre, le seul moyen sera ce type-là."
L’avenir a également été abordé sous le prisme de la transmission. Un travail déjà engagé par la municipalité avec la création d'un module sur les tauromachies proposé à toutes les écoles, 15 sont inscrites ; la Feria de los niños, les journées taurines dans les quartiers. "On sait que ceux qui rempliront les arènes demain sont ceux qui sont aujourd'hui sur les bancs de l'école", souligne la première adjointe au maire. Un propos auquel Emmanuel Lescot, élu en charge de la Tauromachie, s'associe bien sûr. "Ce n'est pas simplement les taureaux, la tauromachie, c'est aussi ce qui fait la ville d'Arles, les bases essentielles de notre territoire", complète-t-il.
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Concernant le bilan, après une semaine compliquée aux corrales de Gimeaux, la faute aux rafales de vent, "la fréquentation dans les arènes a été d'un très bon niveau", assure Lola Jalabert, présidente de Ludi Arles Organisation. Le chiffre est toutefois inférieur à l'an passé. 3 000 personnes de moins. Mais l'édition 2025 était différente pour plusieurs raisons : les 60 ans de la feria, la présence de Roca Rey sur le sable... D'ores et déjà, Lola Jalabert annonce la venue du torero péruvien, "la star du moment", en septembre. "Au niveau tauromachie, il y a eu des points positifs et négatifs, notamment les toros du samedi où c'était un peu plus compliqué", résume-t-elle.
La charte des manadiers fait débat
La question de la sécurité autour des traditions camarguaises a animé les échanges. Un débat lancé par Alain Welsch, vice-président du Comité de la feria d'Arles, revenant sur la nouvelle charte présentée par la Fédération des manadiers et les restrictions, jugées contraignantes et contraires aux traditions, qui en découlent. Il est notamment interdit d'attraper les taureaux. Une affaire qui fait écho à la hausse des accidents (quatre mortels à l'été 2025 dans le Gard et les Bouches-du-Rhône) et des comportements irresponsables de certains spectateurs lors des abrivados, encierros et bandidos. Constat qui avait conduit au désengagement de Groupama Méditerranée, assureur principal du secteur, en fin d'année 2025.
Emmanuel Lescot change de casquette, car il est aussi président de la Fédération des manadiers. "Ce n'est pas une décision que l'on prend de gaieté de cœur. Mais je crois qu'il faut savoir raison garder. Aujourd'hui nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Alors cette charte est stricte, c'est peut-être pour certains une montagne à gravir, mais je crois que si chacun y met un peu du sien, un jour sans doute, nous retournerons à quelque chose de plus léger, de plus simple", défend-il. Et le même de poursuivre : "Aujourd'hui, on a besoin de démontrer que nous sommes des gens "fréquentables" et raisonnables."
Reste la question cruciale de son application. Mandy Graillon alerte : "Mettre des règles, OK, mais comment les faire respecter ? […] On ne peut pas mettre un agent de police municipale tous les mètres pour empêcher les jeunes de rentrer sur le parcours d'une abrivado." Un enjeu majeur, alors que la responsabilité juridique des organisateurs est engagée. La municipalité se questionne notamment sur l'organisation de la journée taurine à Griffeuille prévue le 25 avril.
Tous s’accordent néanmoins sur l'importance de préserver les traditions, sans toutefois cautionner les comportements à risque de certains participants. "La réponse ne peut pas être d’arrêter", martèle Emmanuel Lescot. Un travail législatif est en cours pour adapter le cadre juridique, et notamment faire amender l'article 1243 du Code civil qui engage la responsabilité du manadier en cas d'accident. "Après chacun prendra ses responsabilités, nous aurons pris les nôtres", conclut le président de la Fédération des manadiers.
"Une feria très calme [...], sans fait particulièrement marquant"
Avec 50 agents de police municipale mobilisés en continu et un renfort conséquent de la police nationale, de la gendarmerie, des CRS et la présence d'une section Sentinelle, un important dispositif de sécurité a été mis en place tout au long de cette feria. "On a globalement eu une feria très calme par rapport à la fréquentation, sans fait particulièrement marquant", se satisfait Mandy Graillon.
En quelques chiffres, les gendarmes ont contrôlé 1 200 véhicules, relevant 15 cas d’alcoolémie positive, 17 infractions au code de la route. Sept rétentions de permis ont été notifiées, et trois voitures immobilisées. Du côté de la police nationale : 2015 dépistages alcoolémie effectués, dont neuf délictuelles, 45 dépistages stupéfiants, 37 infractions au code de la route, dix rétentions de permis, six véhicules immobilisés. Cinq personnes ont été placées en garde à vue, dont trois à la suite de bagarres, et deux pour alcoolémie et usage de stupéfiants, assortis d’un refus d’obtempérer. 28 véhicules ont été mis en fourrière contre 35 en 2025.
Sur le volet prévention, 3 713 protège-verres ont été distribués par le CIDFF du Pays d'Arles et plus de 600 tests d’alcoolémie réalisés par les associations partenaires. Autres données : 124 interventions ont été assurées par les équipes des pompiers et de la Croix-Rouge sur le poste de secours avancé et 22 transports au centre hospitalier d'Arles.
La propreté
65 agents et 12 machines (laveuses, balayeuses etc) ont été mobilisés du vendredi au mardi. 17 920 kg de déchets ont été collectés soit -25% par rapport à 2025. Sur cette partie, la question de la gestion des déchets en journée reste complexe. « C’est très compliqué parce qu’il y a tellement de monde qu’on ne peut pas faire passer les machines », reconnaît Mandy Graillon. Des efforts ont toutefois été faits, notamment avec l’installation de contenants plus grands sur certains sites stratégiques. Mais des points noirs subsistent, comme la place du Forum, où les contraintes d’espace limitent les solutions.