Ce n’est pas seulement de la grêle qui est tombée dimanche sur l'île du Pilet à Beaucaire. C’est un nouveau coup dur pour la famille Sève, après l’accident vasculaire cérébral dont a été victime David, agriculteur et président de la FDSEA du Gard, il y a quelques semaines. Sylvie gère l’exploitation qui s’étend sur 150 hectares, dont 80 dédiés aux fruits, en attendant que son époux se rétablisse. Elle peut compter sur la solidarité des agriculteurs des alentours. « Une aide précieuse », insiste-t-elle.
Et un soutien inestimable, assurément, après l’orage de grêle, soudain et difficilement prévisible, qui s’est abattu dans la matinée de dimanche et a causé de sérieux dommages sur ses vergers situés en bordure du Rhône. « Ça a duré 10 minutes, de manière discontinue. On a eu l’impression qu’il avait neigé, tout était blanc dehors », raconte Sylvie. Le choc est d’autant plus rude qu’il survient tôt dans la saison. Les abricotiers et les cerisiers, ont particulièrement été touchés, pour la plupart en pleine floraison. Les autres, les précoces, avaient déjà de petits fruits.
Certains de ces fruits sont tombés immédiatement et beaucoup, encore accrochés aux branches, présentent des impacts visibles. « On devra trier les fruits sains et ceux abîmés, soit à la récolte, soit en station, explique-t-elle. On prévoyait une grosse production cette année, on comptait même embaucher du personnel pour l’éclaircissage », rembobine Sylvie. La grêle a fait son œuvre, un phénomène rare pour cette zone , « parce qu'on a un microclimat avec le Rhône qui tempère » et limite le risque même de gel.
Un état des lieux sera effectué en fin de semaine afin de pouvoir évaluer l’ampleur des dégâts, certainement en présence de représentants des syndicats agricoles et de la direction départementale des Territoires du Gard alertés de la situation sur cette exploitation beaucairoise. Dès le dimanche après-midi, Nelson Chaudon indiquait s'engager « à contacter l’ensemble des services de l’État compétents afin que chacun [des agriculteurs impactés, NDLR] puisse être accompagné au mieux. »
L’épouse de David Sève confie qu’elle n’avait jamais vu un tel épisode depuis qu’elle est arrivée sur l’exploitation en 2001. Même la mémoire locale ne se rappelle pas de grêle comparable à cette période de l’année. L’impact économique est immédiat. « On va voir quel tonnage restera commercialisable et adapter le personnel en conséquence », précise Sylvie Sève. Les pertes affectent non seulement les vergers mais aussi la main-d’œuvre prévue pour la saison.
L’anticipation et la gestion des récoltes deviennent complexes, avec des fruits abîmés qui ne peuvent être vendus en première catégorie et devront éventuellement être transformés. En période normale, 10 % de la production sont mis en bouteille et commercialisés en jus de fruit. « C’est démoralisant parce que, et c'est dur à accepter, c’est indépendant de notre bonne volonté, on a un sentiment d'impuissance », souffle-t-elle. Et malheureusement, sur ces terres comme ailleurs à Beaucaire, et autour, on se prépare désormais à l’éventualité d’un gel annoncé en fin de semaine, ajoutant encore à l’incertitude pour cette saison qui s’annonçait pourtant prometteuse.