Cinq jeunes sont prévenus dans cette affaire de stupéfiants qui a mobilisé un grand nombre d’agents des forces de l’ordre, mais aussi d’agents des douanes, au cours de l’année 2023. Trois d’entre eux : Ibrahim, Fayçal et François, comparaissaient ce mardi 20 janvier 2026 devant le tribunal correctionnel de Nîmes, à l’occasion d’une audience spéciale. Transport de cocaïne, détention de cette même cocaïne, association de malfaiteurs, recel de vol de véhicules ou encore détention de munitions, les cinq prévenus auraient, à leur manière, contribué à un trafic transfrontalier. Le seul prévenu étant sous contrôle judiciaire sera jugé sur renvoi. Concernant Tarik, le dernier malfrat présumé, il est introuvable et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
Par des manœuvres propres à ce que l’on appelle des go fast, les prévenus se seraient répartis dans plusieurs véhicules afin d’acheter de la cocaïne en Espagne, puis de l’importer sur le sol français. Une opération qui s’avère constituer un délit, mais aussi une infraction à la législation douanière. Sur l’ensemble de l’année 2023, de nombreux voyages en Espagne auraient été effectués par ces cinq hommes. Des données qui ont pu être recueillies par le bornage des téléphones de certains de ces individus. En décembre 2023, tout s’accélère. À l’issue de surveillances intensives menées par les forces de l’ordre et les agents des douanes, le manège a été percé à jour. Deux des prévenus ont été arrêtés vers 8h30, le 21 décembre 2023, en possession de 9,2 kg de cocaïne et de 2 000 € en liquide.
Comportements sur la route
Pour permettre d’identifier les différents véhicules comme appartenant au même convoi, les enquêteurs ont observé les comportements de ces derniers. Des accélérations portant les compteurs à près de 200 km/h, puis des décélérations à 90 km/h sur une autoroute à 130. Une insertion du véhicule ouvreur sur une sortie, avant de changer de trajectoire, comportement ensuite imité par le véhicule porteur. Ces éléments constituent alors, pour les enquêteurs, des indices soulignant l’objectif des prévenus et le caractère illicite de ces voyages.
Certains des véhicules repérés par les douaniers comme participant à ces différents convois ont été retrouvés dans le cadre de l’enquête. C’est le cas d’une Volkswagen Polo comportant une cache aménagée qui a été retrouvée, garée dans l'immeuble de la compagne d’Ibrahim. Pour justifier sa présence, le prévenu évoque s’être fait prêter la voiture par un certain Karim. Deux véhicules Renault Capture ont également été identifiés comme utilisés par les hommes dans le cadre de convois. L’un d’eux apparaît nettement sur une photo prise la nuit du 16 au 17 décembre 2023. On y voit également Ibrahim et Tarik. Lors des surveillances, ces véhicules finissent régulièrement leur course à proximité d’un jardin associatif du quartier des Jonquilles, à Nîmes.
Perquisitions et téléphonies
Des perquisitions ont été diligentées aux domiciles des différents prévenus. Un atelier de conditionnement a été retrouvé chez Tarik, accompagné du nécessaire de pesée et d’ensachage, ainsi que d’importantes sommes d’argent liquide. Chez la mère de François, 15 975 € ont été trouvés dans la chambre parentale et 6 000 € de plus dans d’autres pièces. Une balance de précision a aussi été retrouvée. L’appartement du jeune homme, visité par les forces de police, a été vidé. Pour s’en expliquer, François parle d’un déménagement avec sa compagne. Du côté des jardins associatifs, le chien entraîné à la détection aux stupéfiants a notamment marqué au niveau d’un véhicule DS4.
Malgré les trouvailles des forces de l’ordre au domicile de sa mère, François réfute avoir participé à ces convois. Pourtant, il semble apparaître sur un certain nombre de documents vidéo dans les téléphones de ses prétendus amis. Il apparaît également sur une photo où il se trouve en compagnie de Tarik. Pour se justifier, il explique revenir d’une cérémonie familiale en ce dernier, qui s’avère être le compagnon de sa sœur. Une version qui peine à convaincre le tribunal, face à une vidéo tournée par Tarik, dans laquelle le prévenu n’apparaît pas, mais où une voix semblable à la sienne évoque : « On traverse quoi pour vous faire fumer un peu de cannabis ».
Sous le pseudo de « Joe Dalton » Ibrahim, lui, explique à un ami sur Telegram comment revendre des stupéfiants provenant d’Espagne. « J’étais un peu alcoolisé, je voulais faire le kéké », explique-t-il au tribunal. Fayçal, défendu par maître Nadia El Bouroumi, est également impliqué par les éléments de téléphonie. Dans une conversation avec sa compagne, il dit : « J’arrête les conneries, je suis trop exposé. Il y a trop de douanes. » Mis face à ces échanges, il évoque avoir acheté des cigarettes de contrebande « une fois ».
« Sa peine, il veut l’exécuter »
« Cette cocaïne n’est pas emportée pour être collectionnée », lance Nathalie Welte, procureur de la République. Tenant compte des casiers judiciaires des quatre hommes et de leur implication dans ces transports de stupéfiants, la représentante du ministère public n’a pas été indulgente. Elle a requis pour François, Fayçal, Ibrahim et Tarik respectivement 6, 8, 10 et 12 ans de détention. Des quantums qui n’ont pas manqué de faire réagir les trois prévenus présents et leurs conseils. Maître Saïd Harir, intervenant aux intérêts de François, a dénoncé un dossier « monté à charge » contre son client, avant de demander sa relaxe, faute d’éléments permettant de démontrer son implication. « C’est quand même pas la seule personne de Nîmes qui est grosse et qui a une barbe », s’indigne l’avocat du barreau de Paris, face au tribunal.
Maître Manon Cateran, intervenant à la défense d'Ibrahim, a souligné qu’il « n’est pas question de convois », ajoutant que seuls deux trajets entre l’Espagne et Nîmes relient son client à Tarik, dépeint par le ministère public comme étant « la tête du réseau ». Dans le but de justifier l’absence de son client Tarik, maître Amar Bouaou a souligné sa peur de ne pas être jugé justement. « Sa peine, il veut l’exécuter, mais il cherche une peine juste ». D’autant que selon lui, « ils sont assimilés à des personnes qui tuent des gens », souligne le conseil, en faisant référence aux hautes réquisitions du ministère public.
De 4 à 10 ans
Après délibération, le tribunal présidé par Anne-Carine David a relaxé l’ensemble des quatre prévenus pour les faits d’offre et de cession de stupéfiants. Les périodes de prévention attachées à chacun des quatre hommes ont été ajustées en fonction des éléments permettant de démontrer leur implication. Tenant compte de leurs casiers judiciaires respectifs, d’éventuels états de récidive ainsi que de leurs âges, ils ont tous les quatre été condamnés pour le transport de stupéfiants et l’association de malfaiteurs. En répression, Tarik, Ibrahim, François et Fayçal écopent respectivement de 10, 6, 5 et 4 ans d’emprisonnement avec maintien en détention. Un mandat d’arrêt est décerné contre Tarik, toujours recherché. Ils doivent également, solidairement, régler l’amende douanière s’élevant à 299 000 €. Par ce jugement, l’argent liquide, les différents téléphones et la Volkswagen Golf sont confisqués.