« On est en présence de faits gravissimes », souligne Alain Chemama, avocat général. Dans cette affaire, jugée devant la cour criminelle du Gard, cinq faits de home-jackings, dont une tentative infructueuse, sont reprochés à Manuel et Dominique, les deux accusés. Commis entre le 21 avril et le 28 mai, les différents cambriolages violents ont visé des personnes âgées de plus de 75 ans, dans le but de leur dérober de l’or grâce à la menace d’une arme. Après leur interrogatoire sur les faits et l’intervention des différents conseils des parties civiles, c’est au tour de l’avocat général de livrer ses réquisitions, dans un objectif « d’essayer de savoir qui a fait quoi », dit Alain Chemama.
Le présentant du ministère public s’est alors appesanti sur les personnalités respectives des deux accusés, puis sur leurs rôles pendant ces intrusions criminelles dans les vies de seniors n’étant pas en mesure de se défendre. « Comment est-il possible qu’il se retrouve dans une telle situation », lance l’avocat général en parlant de Manuel, promis à une carrière de footballeur professionnel et très attaché à son grand-père, aujourd'hui décédé. « Les liens avec son grand-père ne sont pas retrouvés dans les actes », souligne-t-il, au vu de l’âge des victimes agressées dans l’intimité de leur foyer. Il ajoute ensuite que Dominique « évoque des pressions et s’octroie un rôle secondaire », tout en étant incapable de formuler des « réponses cohérentes aux questions posées, par la cour ». Malgré les casiers judiciaires des deux accusés, tous deux néants, l’avocat général a requis des peines lourdes pour ces très jeunes adultes. Pour rappel, ils étaient âgés de 18 et 19 ans au moment des faits.
« C’était Manuel le chef »
Le ministère public a lors requis 12 ans d’emprisonnement, assorti d’une peine de sûreté des deux-tiers pour Dominique. Concernant Manuel, deux années de plus ont été demandées par l’avocat général, élevant le quantum de sa peine à 14 ans de réclusion criminelle, avec les deux-tiers de sûreté incompressible. Il demande toutefois la relaxe au bénéfice de Manuel pour les faits délictuels de violences avec arme. Des violences que le parquet attribue plutôt à Dominique. « C’était Manuel le chef », lance Alain Chemama, considéré par lui comme ayant une implication plus importante que Dominique, notamment dans l’initiative des faits. Une différenciation des implications qui n’a pas manqué de contrarier Maître Marc Gallix, intervenant à la défense de Manuel. « Comment pouvez-vous dire qu’il est plus impliqué, s’indique-t-il. Vous êtes à côté de votre sujet », ajoute le conseil, plaidant le jeune âge de son client au moment des faits.
« Les réquisitions sont particulièrement hautes », souligne Maître Dounia Hamchouch, intervenant pour la défense de Dominique, dans ce dossier qu’elle considère comme « difficile à plaider ». Axant sa défense sur le caractère subordonné de son client, elle explique : « C’est quelqu’un d’effacé, qui suit les ordres, qui est sous l’emprisonne d’une autre personne ». Avec une grande empathie pour les victimes de ces home-jackings, l’avocate souligne que son client va être condamné, mais conteste toutefois le quantum de cette peine. Concernant les faits délictuels reprochés à Dominique, elle demande tout de même une relaxe, soulignant que « dans le dossier, je n’ai rien vu qui me dise que c’est lui. Je ne sais pas et sur un "je ne sais pas", on ne peut pas condamner », conclut-elle. Les cinq magistrats de la cour criminelle du Gard se sont retirés pour délibérer. Le verdict est attendu dans la journée.