Le vent a soufflé fort, dimanche, dans le Gard. Et les bureaux de vote n’ont manifestement pas été épargnés par cette tempête. Elle était bleue marine. Signe qui ne trompe pas : dimanche soir, à peine le journal de 20h de TF1 lancé, toutes les caméras se tournent vers le Gard. Le premier responsable politique à intervenir en direct est le président du parti, Jordan Bardella, qui a choisi Beaucaire pour cette prise de parole très attendue. Ici, le successeur de Julien Sanchez, Nelson Chaudon, vient d'être élu dès le premier tour avec plus de 60 % des voix. « Les Beaucairois m’ont montré que j’étais dans la bonne direction… Dès ce soir, je serai assis au bureau : la gestion et la proximité, c'est l'ADN d'un maire RN », commente le maire réélu. Si l'extrême droite conserve son bastion, conquis en 2014, elle regarde désormais avec gourmandise la présidence de la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence.
Beaucaire et Vauvert : victoire du RN dès le premier tour
À quelques kilomètres de là, le député Nicolas Meizonnet s’impose lui aussi assez nettement à Vauvert (57,50 %) face au maire sortant Jean Denat (42,50 %). « J’avais face à moi un adversaire assez coriace. C’est une victoire sans appel. On sentait une dynamique extrêmement forte sur le terrain… », réagit le député, qui avait déjà été élu dès le premier tour aux législatives de 2024.
À Bagnols-sur-Cèze, l'ampleur du séisme dépasse les prévisions : la députée Pascale Bordes arrive largement en tête avec 44,26 % des voix, loin devant le maire sortant Jean-Yves Chapelet (18,25 %). « Ce score me surprend un peu... Je m'attendais à un très bon score mais pas à ce point », confie la candidate, qui avait reçu la visite de Marine Le Pen, la semaine dernière. Elle tempère toutefois son enthousiasme : « Le taux de participation est bas, 52 %. Ce n’est pas extraordinaire dans une ville où j’ai beaucoup entendu dans ces mois de campagne que l’on pouvait passer à autre chose. »
À Nîmes, Julien Sanchez en tête
Dans la première ville du département, à Nîmes, déjouant tous les pronostics et sondages des dernières semaines, Julien Sanchez (30,39 %) se place en tête d'un cheveu - mais en tête quand même - devant le candidat de l'union de la gauche (hors LFI) Vincent Bouget (30,05 %). « Les gens ont gommé l’aspect local de cette élection. Le Rassemblement national n’a pas fait campagne. On nationalise le débat », analyse Franck Proust, le candidat LR-UDI-Horizons. Même constat de la part du maire de Bellegarde, Juan Martinez qui, lui, a toutefois été élu : « J’ai déjà dit que je ne sentais pas cette campagne. Elle était bizarre… Je l'ai sentie phagocytée par l’ambiance du national et de l’international. On parle de guerre, de pouvoir d’achat… Les gens ne sont pas entrés dans cette élection », avance Juan Martinez qui regrette « un taux de participation de 61 % pas suffisant. » Dans la cité des Antonin, la prouesse du RN s'est faite sur les cendres de la droite. Le passage de flambeau entre le maire Jean-Paul Fournier, au pouvoir depuis 25 ans, a enflammé la majorité. Divisée, en panne de dynamique, le premier adjoint Franck Proust récolte 19,55 % et 15,55 % pour Julien Plantier, ex-premier adjoint. « Nous en appelons plus que jamais au rassemblement et à l'union avec la liste conduite par Franck Proust », a réagi, dans la foulée des résultats, le duo Plantier/Rouverand.
À Alès, dans une ville où Max Roustan l’emportait dès le premier tour depuis quatre mandats, son successeur désigné Christophe Rivenq recueille seulement 32,61 % des suffrages. Derrière lui, Anthony Bordarier, candidat RN de dernière minute, atteint 26,44 %. Une sacrée performance pour un candidat encore inconnu du grand public il y a à peine un mois quand son adversaire est aux manettes depuis 30 ans.
Municipales : vers un front républicain ?
« Je suis un peu déçu… Je me voyais avec un score de 40 % au premier tour », commente Christophe Rivenq. L'Alésien se dit très surpris du score du RN : « Le RN est plus haut… Il enregistre des résultats historiques dans la région. C’est aussi le résultat de cette médiatisation autour de cette soi-disant insécurité sur Alès ! » Quid du second tour ? Sans le nommer explicitement, Christophe Rivenq appelle au front républicain : « On verra ce que les autres vont faire pour le second tour... Se maintenir ou avoir une attitude responsable ? » Traduction : être responsable, c'est appeler à voter pour lui.
À Nîmes, la gauche pourrait bénéficier des voix de la France insoumise, qui n’a pas passé la barre des 5 % (4,46 %) . Mais cela pourrait ne pas suffire. La tête de liste Vincent Bouget en appelle donc aussi aux abstentionnistes : « Il y a près de 50 % de gens qui n’ont pas pris part au vote… Nous avons encore des marges de progression importantes. » Et Amal Couvreur se tourne carrément vers la droite : « Il y a des gens de droite qui ne peuvent pas penser que la ville bascule à l’extrême droite .»
Pendant ce temps, dans cette nuit de dimanche à lundi, la droite tentait encore de trouver le chemin de l’union. Déjà qu’il est difficile de trouver son chemin de nuit, il est encore plus difficile de s’accorder en quelques heures lorsque l’on n’y est pas parvenu pendant des mois… Dans le hall de la mairie, dimanche soir, Franck Proust laissait même planer l’ambiguïté d’une éventuelle alliance avec le RN : « Dès demain matin, c’est un nouveau match. Laissez-moi travailler avec mon équipe. Nous allons tenter d’aller gagner cette mairie, dimanche prochain. » Des paroles qui, comme certains résultats de ce premier tour, étaient inimaginables il y a encore quelques jours...