« Le conseil municipal, très technique, a duré 2h30. Si nous n’avions pas eu tous ces problèmes, ç'aurait été plus court que la mandature précédente… Ça m’aurait été peut-être reproché ! », ironise le nouveau maire, Vincent Bouget. Ces « problèmes » sont issus de l’opposition conduite par le président du groupe RN et UDR, Julien Sanchez, sur des sujets qui, a priori, n'amélioreront pas le quotidien des Nîmois. Toutefois, comme à Nîmes métropole mardi, l’extrême droite n’entend laisser une minute de répit au nouveau maire, le menaçant systématiquement de faire « condamner la ville de Nîmes en justice. »
Le magazine municipal dans le viseur du RN
Les hostilités ont démarré avec le magazine municipal Vivre Nîmes. « Nous avions proposé d’accorder le même espace à chaque groupe, majorité comme opposition, soit 1 500 signes par tribune politique », explique Vincent Bouget. Seulement, il tacle : « M. Sanchez a décidé de refuser cette proposition. Il a demandé une répartition proportionnelle, en fonction du nombre d’élus dans chaque groupe. » Conséquence ? « Une réduction drastique de l’espace accordé au groupe d’opposition, y compris du RN. Mais encore plus, aux deux autres groupes d’opposition, dont l’espace serait réduit à un tweet… »
Julien Sanchez ne l’entend pas de cette oreille. Selon lui, la majorité n’a pas à avoir de tribune dans le magazine. Pourtant, de 2014 à 2020, Julien Sanchez, alors maire de Beaucaire, utilisait l’espace tribune libre du magazine de Beaucaire (voir ci-dessous). Il a toutefois arrêté lors de son deuxième mandat en 2020. Face à la presse ce matin, il l’assure : « Vincent Bouget nous dit qu’il nous fait une fleur, sauf qu’il n’a pas le droit à la représentation. Si c’est voté prochainement dans le règlement intérieur, nous attaquerons. » Pour la majorité, c’est une « interprétation de Julien Sanchez […] Le règlement intérieur ne dit pas ça et garantit l’expression de tous les groupes, majorité comprise. »
Mode de scrutin revu en cours de route
Le magazine municipal n’est pas la seule chose à servir de carburant au RN. Ce samedi, les 40 délibérations du conseil municipal servaient à désigner des élus au sein des divers organismes rattachés à la ville (Société publique locale Agate, Éclat, les écoles, le conservatoire…). Organismes qui mettront en musique le programme de la majorité sur lequel les Nîmois l’ont élu le 22 mars. Les passes d’armes démarrent sur le vote des membres de la SPL Éclat. « Ce scrutin est-il à la proportionnelle ? », interroge Julien Sanchez. « Non », lui répond le maire. « Dans ce cas, nous proposons une liste », réagit Julien Sanchez, énonçant les noms de ses candidats. D’ailleurs, il ajoute : « C’est un peu dommage cette inégalité de traitement avec une liste déjà écrite et une liste à écrire ! »
« M. Sanchez, vous auriez pu faire parvenir votre liste plus tôt… », réagit le maire. « On pensait que vous le feriez à la proportionnelle, que vous seriez démocrate », tacle Julien Sanchez. Vincent Bouget, pas dupe, répond alors : « Vous le saviez à l’avance. » La tension monte dans le choix du mode de scrutin. La majorité a demandé aux candidats de ne pas voter lors des désignations les concernant. Sur le vote des membres de la Commission d’appel d’offres, le frontiste attaque : « Nous avons cinq candidats titulaires et cinq suppléants. Puisque vous n’acceptez pas que les candidats votent, nous aurons une voix… C’est original ! » Julien Sanchez va plus loin : « Nous attaquerons au tribunal administratif ces désignations. Elles seront cassées ainsi que toutes les décisions prises par ces organes. »
Julien Plantier, président du groupe Nîmes avenir, interroge la majorité : « Pourquoi cette règle ne s’est pas appliquée en conseil communautaire ? Je pense qu’il n’y a pas de difficulté à ce que les candidats votent… En soi, c’est une formalité. Ce serait dommage que l’on perde des semaines, voire des mois, et que l’on doive refaire ces désignations. » Après une interruption de séance, Vincent Bouget fait marche arrière : « Nous avions une lecture strictement prudente de la loi. Pour qu’il n’y ait aucun problème, que l’on n’ait pas besoin d’aller au tribunal administratif, nous allons revoter et les candidats pourront participer. »
« Ce n’est pas une lecture prudente, c’est illégal », renchérit Julien Plantier, pas mécontent de son coup politique. Finalement, sur les 40 délibérations désignant des dizaines de candidats, le RN en a fait élire trois (lire ici). Pas de quoi infléchir la politique de la majorité… mais suffisamment pour monter en épingle ce premier épisode d’une séquence politique qui, au cours des six voire sept prochaines années, s’annonce comme une véritable saga.